AVANT LES PRIMAIRES… Mettons-nous d’accord sur une plate-forme

par Patrick Brody, syndicaliste

A gauche, les deux appels pour les primaires ont permis de déverrouiller un peu une situation bloquée. La nécessité de cette démarche résulte tout d’abord de l’échec des gouvernements de François Hollande… Dans cette situation, le Front de gauche n’a pas réussi à apparaître comme une alternative crédible. Pas plus que les Verts. Au point où nous en sommes, nous ne trouverons une issue positive que si, et seulement si, nous réussissons à gauche à nous mettre d’accord sur une plate-forme qui engagerait les forces politiques, des associations, des syndicalistes, des citoyennes et des citoyens…

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Discussion à propos de la situation politique et des pespectives

Après le résultat inquiétant des élections régionales, l’état d’urgence, la politique extrêmement droitière du gouvernement socialiste,
une discussion est indispensable au sein de la gauche d’alternative.

Où en sommes nous ? Que faire ? Quelles perspectives ?

Afin d’aider au débat voici quelques pistes, quelques propositions, quelques avis, bien sûr à compléter.

Au cours de l’assemblée de rentrée du Front de Gauche Pays Bigouden (association) samedi 30 janvier 2016 de 10h à 13h à la MPT de Pont L’Abbé

nous aurons l’occasion de discuter de la situation. L’invitation pour le 30

Le chômage n’est pas une fatalité

Le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 2,5% en 2015. Que faut-il mettre en place pour inverser enfin la courbe du chômage ?

Si nos dirigeants avaient voulu changer de cap, changer de logique, nous n’en serions pas là.

Quelques pistes : lire ci-dessous des propositions (Jean Gadrey, économiste, Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de la CGT, Mathieu Grégoire, chercheur en sociologie à l’Idhes) évoquées dans l’Humanité du 4 janvier 2015

  • satisfaire les besoins de services pour la population
  • diminuer le temps de travail
  • s’éloigner du productivisme par une transition écologique socialement juste
  • parier sur une qualification
  • rompre avec les politiques d’austérité et élaborer un grand plan d’investisment
  • lutter contre le pouvoir de la finance responsable d’un gigantesque gachis économique et humain
  • stopper le recul des droits sociaux

Lire en pdf ce débat de l’Humanité du 4 janvier

Voir aussi les échanges à ce sujet sur le site de Cercle pour l’alternative

 

Discutons, suite…

Ce que Podemos dit de l’état de la gauche française (dans Mediapart)           lire sur Mediapart

Daniel Mermet : «Les classes populaires, ce sont aujourd’hui toute cette jeunesse et toute la population issue de l’immigration» Et de quelle gauche parle t’on ?

Jean Rabaté Journaliste honoraire, “UN PROJET DE TRANSFORMATION SOCIALE”

Pierre Khalfa, Coprésident de la Fondation Copernic : “L’avenir de la gauche est en question”

Stéphanie Roza, professeure de philosophie, et Jean-Numa Ducange, université de Caen : “Besoin de radicalité et rôle des mouvements sociaux”

Pierre Mathiot, professeur de science politique, Sciences-Po Lille : “Un chantier idéologique et organisationnel”

Serge Regourd, directeur de l’Institut du droit de la culture et de la communication, Toulouse-I-Capitole : “Le rassemblement et la lisibilité”, sur le mot “gauche

45 % C’EST LE POURCENTAGE D’ÉLECTEURS DU FRONT DE GAUCHE QUI SE SERAIENT ABSTENUS LORS DU PREMIER TOUR DES RÉGIONALES.

Discutons de la situation actuelle

Quelques textes pour ouvrir la discussion :

Les ressorts du vote Front National

Lors de la soirée des élections départementales dernières , Nonna Meyer, chercheuse au CNRS et spécialiste du Front national, développait dans un interview à Médiapart le résultat de ses recherches sur la progression du vote  Front national parmi les « inaudibles ».  Après le désastre du premier tour des élections régionales prendre connaissance de ses analyses est indispensable pour qui veut combattre l’extrême droite.

Nonna Meyer explique le vote Front national

Répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et plus d’éducation populaire

Communiqué du collectif des associations citoyennes, le 24 novembre 2015

Meurtris et bouleversés par les événements de la soirée du 13 novembre, nous sommes de tout cœur avec les familles, avec les blessés et tous ceux qui sont traumatisés par ces événements, comme avec les victimes des attentats qui se produisent dans le monde entier. Cependant, face à la barbarie de ces actes, l’indignation ne suffit pas. Il faut s’interroger et débattre sur les causes et les responsabilités qui sont multiples. ….
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Lettre ouverte aux Directeurs du Télégramme de Brest

Monsieur le Directeur général, Monsieur le Directeur de la rédaction,
Dans son billet (journal du jeudi 2 juillet) Monsieur Coudurier se surpasse.
Que monsieur Coudurier soit de droite, nul ne l’ignore. Plus ou moins généreuses, humanistes et solidaires, toutes les opinions ont le droit de s’exprimer mais qui est-il et pour qui se prend-il pour traiter Monsieur Tsipras de piteux Premier ministre et Monsieur Varoufakis de fou ?
Monsieur Tsipras n’a jamais traité Monsieur Sarkozy de clown pathétique, il n’a jamais qualifié Monsieur Hollande de marionnette ridicule aux mains de Madame Merkel. Le Gouvernement Grec, lui, a toujours su garder de la hauteur malgré les humiliations répétées des instances européennes, du FMI (Mme Lagarde souhaitant parler avec des adultes) et des différents personnels politiques français et allemands.

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Contribution de « Ensemble! » à l’attention du Front de gauche

Nous sommes, comme beaucoup, inquiets des évolutions de la situation politique. Pour autant, dans un moment difficile, les responsabilités du Front de Gauche en tant que force de proposition pour dégager des perspectives restent décisives.  Cette contribution vise à faire le point sur ce qui nous semble des convergences permettant d’agir ensemble avec une plus grande efficacité.

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La santé en danger

Sur l’ensemble du territoire de notre pays le personnel de santé est un peu partout en effervescence et la Cornouaille n’échappe pas au mouvement. Le Centre Hospitalier de Quimper sur lequel ont été regroupés toutes les activités de chirurgie de Pont-l’Abbé et de Douarnenez (qui n’a plus d’anesthésiste) et qui reçoit une grande partie des urgences est au bord de l’explosion. Il faut parfois attendre jusqu’à 7 ou 8 heures une prise en charge aux urgences du CHIC ! Les équipes sont épuisées et le font savoir. Une infirmière d’un de ces établissements a écrit une lettre (anonyme car elle a peur de perdre son emploi) au comité de défense de son hôpital pour signaler sa détresse. Elle n’arrive plus à faire son travail correctement et craint que les patients n’en subissent les conséquences.

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La “gauche populaire” ?

Le tiers-parti est la « gauche populaire »

Le pouvoir au peuple ? Comment fédérer en bas ?

JacqueBidetJacques Bidet, Philosophe
Gauche alternative ou gauche de transformation sont des appellations par défaut, sans contenu défini. Nulles. Gauche de gauche ou gauche radicale redoublent la confusion. Pour savoir quel nom doit être le nôtre, il nous faut être clairs sur notre projet.

S’il s’agit d’en finir avec la domination de classe, partons d’une analyse de classe. La structure de classe clive la société en deux : entre le peuple dans son grand nombre et une minorité oligarchique, qui est à la fois dominante et, comme dit Gramsci, « dirigeante ». Elle domine par un monopole de propriété concédée, sous la houlette du capital financier. Elle dirige à travers un monopole de compétences appropriées par une soi-disant élite. Elle exerce ainsi son pouvoir à travers deux sortes de privilèges reconductibles, qui se mélangent et convergent, mais conservent un potentiel de divergences. Elle articule deux forces sociales distinctes, qui, dans l’arène politique, siègent, l’une, à droite et l’autre, plus ambivalente, plus flexible, à gauche. Au sein du peuple, et c’est ce qui le définit, il n’y a pas de privilèges, mais des acquis, fruits de luttes séculaires. Mais ces acquis, toujours à reconquérir, sont inégalement partagés selon que l’on appartient ou non à des professions ou générations où l’on s’est trouvé en mesure de les défendre. La gauche élitaire, aujourd’hui PS, tend à capter les suffrages de la partie du peuple la mieux pourvue, avec laquelle elle peut tisser des connivences autour de réseaux de protection et d’ascension sociale. La droite, elle, exerce son emprise sur ceux surtout qui n’ont pas les moyens de s’y projeter. Et le FN en est l’avatar menteur qui peut s’afficher quand elle a phagocyté son partenaire de gauche. Quant au parti du peuple, il se donne dans une constellation d’organisations, syndicats, associations, mouvements et rebellions (sociales, culturelles, écologiques, de sexe et de migration), représentative d’une gauche populaire, distincte de la gauche élitaire. Il ne pourra faire reculer le pouvoir néolibéral qu’en rassemblant un puissant bloc opposé, une gauche dont il sera le pôle hégémonique : une longue lutte. Il recrute pour l’essentiel ses militants dans des couches sociales qui préservent encore quelques acquis. Il restera impuissant s’il ne va pas vers l’autre moitié du peuple, la plus dépourvue et la plus jeune. Quelle est donc la forme politique qui convient à ce combat de classe, à la stratégie du peuple des sans-privilèges ? L’histoire du Front de gauche montre qu’il existe un ensemble d’organisations politiques capables de se fédérer. Mais son slogan porteur, « Le pouvoir au peuple ! », n’a pas la moindre chance d’être entendu s’il ne commence pas par se l’appliquer à lui-même.

La fédération au sommet doit se réaliser en bas, au ras de la vie des gens, en vraies communautés politiques, associant en chaque lieu les adhérents et les sans-carte en collectifs durables démocratiquement constitués et responsables de la lutte politique sur leur espace vécu. Seule une pratique politique en symbiose avec une culture d’association et d’intervention pourra donner au mouvement sa consistance unitaire, de bas en haut. Si cette analyse est juste, le nom qui convient à ce tiers-parti est celui de gauche populaire.

Après l’Appel, le livre

Le 1er juillet 2014, quatorze responsables politiques membres des socialistes affligés, d’EéLV, d’Ensemble!, de Nouvelle Donne, du PCF, du PG, féministes et acteurs du mouvement social, ont exprimé dans une tribune leur inquiétude pour l’avenir de la gauche. Identifiant la politique Hollande/Valls comme principale responsable de l’abstention massive et de la banalisation du vote FN lors des échéances municipales et européennes, ils soulignent l’urgence de la convergence des forces, femmes et hommes partisans de l’alternative politique et de la refondation de la gauche.

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Comment mobiliser pour inventer une VIe République

Comment mobiliser pour inventer une VIe République ?

Dans le programme du Front de Gauche “l’humain d’abord” tout un chapitre est consacré à la nécéssité d’une VIe République.

J.L. Mélenchon a lancé  en Aout 14 un mouvement pour un 6e République ( voir www.m6r.fr )

L’Humanité des débats du 19  sept 14 rend compte d’une table ronde intitulée “Comment mobilisiser pour inventer une VIe République” avec
Pierre Dharréville Responsable départemental des Bouchesdu- Rhône du PCF
Raquel Garrido Avocate, porteparole du Parti de gauche (PG)
Maryse Dumas Membre du CESE pour la CGT
Évelyne Sire-Marin Magistrate, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature.

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Coquerel (PG) : “Pas question de mourir avec le PS !”

Eric Coquerel (PG) : « Pas question de mourir avec le PS ! »

05 septembre 2014 | Par Stéphane Alliès    – Mediapart.fr

 

Après les retraits de Jean-Luc Mélenchon et Martine Billard, Éric Coquerel est devenu secrétaire national chargé de « la coordination politique » du Parti de gauche (PG), au sein de sa « direction collégiale ». À la veille d'un conseil national du Front de gauche qui doit décider de son avenir, il dresse un état des lieux du rassemblement de l'autre gauche.

Ce samedi a lieu un conseil national déterminant pour l'avenir du Front de gauche, après les déceptions électorales du printemps. Divisés sur la marche à suivre, PCF et PG semblent emprunter des chemins différents. Le secrétaire national communiste Pierre Laurent plaidant, jusque devant les socialistes à La Rochelle, pour « l'écriture d'un chemin commun » avec les « frondeurs » et l'aile gauche du PS comme les écologistes d'EELV, tandis que Jean-Luc Mélenchon défend l'émergence d'un mouvement dépassant les partis et défendant le passage à une VIe République.

Pour Éric Coquerel, qui est devenu secrétaire national chargé de « la coordination politique » du Parti de gauche, au sein de sa nouvelle « direction collégiale », il importe de ne plus être rattaché au « système » et à la « gauche qui gouverne ». « Des assises avec tous les opposants à la politique de Hollande, ce ne sera pas suffisant pour répondre à l’ampleur de la crise », estime-t-il. Quant à savoir si le Front de gauche va être capable de surmonter ses désaccords, et notamment la question de l'autonomie vis-à-vis du PS, il répond : « Je l'espère »… Entretien.

 

L’organisation du Parti de gauche (PG) a changé lors de ses dernières universités d’été. Jean-Luc Mélenchon et Martine Billard ont abandonné leur co-présidence et la direction est désormais « collégiale ». Cela signifie qu’eux seuls pouvaient assumer cette fonction ?

Non, cela signifie que ce rôle de président était paradoxal pour un parti qui se bat pour la fin de la Ve République. À partir du moment où tous deux, pour des raisons politiques, souhaitaient ne plus assurer la fonction de leadership organisationnel d’un parti, on a jugé que cela n’était plus utile. Dans les faits, ce sera notre prochain congrès qui validera cette suppression, mais le bureau national du PG a décidé de ne pas les remplacer.

Quand on a créé le PG, tous les fondateurs se reconnaissaient derrière le leadership intellectuel et politique de Jean-Luc. À l’époque, la fonction de président semblait alors logique même si, pour sa part, il a toujours été dubitatif sur cette fonction. À partir du moment où il fait un pas de côté, pour surtout se consacrer à l’émergence d’un mouvement pour la VIe République, on en a profité pour réorganiser les choses.

Comment jugez-vous l’état du PG aujourd’hui ?

En juin, on a eu une période difficile. Les européennes ont été un échec, et ont marqué la fin d’un moment stratégique pour nous. Cela faisait quasiment six ans qu’on était sur la brèche, au four et au moulin, et beaucoup de fatigue et de tension avaient été accumulées. On a pris deux mois pour déjà vérifier si on était tous encore d’accord politiquement. On a perdu un peu de militants, mais notre “remue-méninges” de la mi-août à Grenoble a permis de bien repartir. Et on constate des adhésions et des ré-adhésions depuis. Pour aborder la période qui s’ouvre, on est en bonne santé.

Vous parlez de la fin d’un moment stratégique. Quelle analyse faites-vous de votre échec ?

On a bien réussi jusqu’à la présidentielle, en réunissant l’autre gauche pour changer le rapport de force face au PS. On a sorti « notre gauche » de la marginalité pour devenir un acteur incontournable. Deux ans après, il y a aussi eu quelques réussites, car nos marches, du type de celle du 5 mai 2013 pour la VIe République, l’ont été, mais c’est vrai que globalement nous n’avons pas atteint notre objectif. Le PS s’écroule, on ne passe pas devant, et le FN termine en tête. Donc c’est un échec. Parce qu’on s’est ingénié pendant deux ans à dilapider le succès de la présidentielle, en tout cas à ne pas être capable de le rééditer. C’est principalement dû à l’absence de stratégie nationale commune. Il était vain de penser qu’on pourrait effacer aux européennes la division des municipales. Elle nous a rendus largement illisibles et divisés. Mais en plus, les alliances contractées aux municipales avec le PS ont ramené le FDG dans le « système ». Le Front de gauche pouvait apparaître comme le cousin de famille très critique, mais en appartenant quand même à la même famille que la gauche qui gouverne aujourd’hui.

Ce qui nous entraîne au raisonnement suivant : vu qu’aux yeux du plus grand monde, c’est LA gauche qui gouverne, l’idée que l’alternative dépende de l’unité de l’autre gauche dans l’objectif de passer devant le PS pour bousculer le rapport de force à gauche ne convainc pas assez. C’était la stratégie originelle du FDG mais après trois ans de Hollande, elle ne marche plus. Il a cassé encore davantage tous les repères par sa politique ! Cette hypothèse mobilise la partie la plus politisée de l’électorat mais pas tous ceux qui se disent, même  inconsciemment : s’ils imaginent s’allier au 2nd tour pour gouverner alors c’est qu’ils appartiennent au même monde. Il faut donc être capable d’arriver à une alternative qui ne dépende pas de forces du système, qui ne dépendent donc pas des alliances avec le PS au second tour.

En l’état, ça revient à faire le pari que le PS va inéluctablement s’effondrer, et qu’il n’y a plus rien à attendre de lui…

En effet, je ne pense pas que ce parti résistera longtemps aux échecs électoraux. Ce qui est à venir, ce sont des défaites aux départementales et aux régionales. Or, le PS vit en s’appuyant sur ses élus. Ce parti a changé irrémédiablement de sociologie et de nature, par rapport à ce qu'il était voilà trente ans, et il est désormais étroitement lié à la défense de la société de marché, au libéralisme. Aujourd’hui, il y a une quarantaine de frondeurs contre 200 députés qui soutiennent le gouvernement. À La Rochelle, après une semaine vraiment insupportable pour tout homme de gauche, Valls reçoit quelques huées mais réussit son coup à la fin. Trois jours après avoir été adoubé par l’université d’été du Medef, il conclut sans trop de souci celle de son parti.

Encourager les critiques internes du PS et les soutenir dans un congrès en espérant qu’ils prennent la majorité, sans certitudes en plus sur la sincérité du scrutin, ce serait pendant un an dépendre de ce parti et apparaître avec lui comptables du bilan du quinquennat Hollande. Or le PS actuel ne subsistera pas après 2017, et pas question de mourir avec lui et Hollande ou un(e) autre social-libéral(e) de remplacement.

C’est pour cela que Jean-Luc a proposé un pas de côté avec le projet d’un mouvement pour la VIe République. Il ne s’agit pas de nier l’utilité des partis mais de créer un mouvement qui les dépasse, Ce doit être différent, plus ample, plus à même de mobiliser le peuple. L’objectif est de remettre en mouvement au moins une partie des millions d’abstentionnistes des dernières européennes. Et, comme il n’y aura pas deux candidats libéraux qualifiés, voire pas du tout, c'est de jouer ainsi le second tour de la prochaine présidentielle et la victoire. Ce n’est pas contradictoire avec l’existence du FDG mais chacun comprendra que ce ne peut être le simple prolongement du FDG. Il faut viser plus large : fédérer le peuple.  

 

Pourquoi n’y aurait-il pas deux candidats libéraux au second tour en 2017 ?

Bon an mal an, si on regarde l’histoire française des trente dernières années, le peuple français n’adhère toujours pas au libéralisme. Souvent cela s’est exprimé dans des formes politiques confuses, comme Chirac et la fracture sociale en 1995 face à Balladur, ou Sarkozy en 2007 qui faisait campagne sur un retour d’un pilote à la tête de l’État, ou encore Hollande et la grand-messe du Bourget. C’est aussi, à sa façon ethniciste et néo-fasciste opposée à la nôtre, le FN qui s’adosse désormais à un discours antilibéral. Or aujourd’hui, le PS est dans le même camp libéral que la droite traditionnelle. A minima un des deux sera éliminé. Et celui qui vient de gouverner est le plus affaibli. Nous voulons donc faire en sorte qu’on ne finisse pas dans un duel FN / droite extrémisée.

Mais la relation au PS reste cependant le principal différend entre vous et les communistes, qui plaident toujours pour des convergences avec les socialistes critiques et les écologistes… Ce différend ne semble pas pouvoir être davantage surmonté que les années précédentes…

Est-ce que ce différend est surmontable ? Je l’espère… Le PG a été créé pour forger le Front de gauche. Donc on ne part pas dans l’objectif de sacrifier l’union de forces militantes précieuses. Il y a beaucoup d’accords entre nous, et un diagnostic commun face au gouvernement Valls. Mais il y a aussi des débats et des divergences sur ce qu’il faut faire. L’analyse selon laquelle l’orientation Valls/Hollande serait minoritaire chez les socialistes, et qu’il conviendrait alors d’aider à remettre le PS sur les bons rails, me semble être une analyse fausse. C’est une illusion de penser que le PS va changer de centre de gravité dans les deux ans. Il faut donc vérifier qu’on est bien d'accord là-dessus car cela a des implications très concrètes. J’espère que nous y parviendrons.

On n’est pas opposé à discuter avec les frondeurs, on discute d’ailleurs avec certains d’entre eux. Mais on a peu de temps devant nous, et il ne faudrait pas qu’ils nous ramènent, avec leurs ambiguïtés, au système déjà évoqué. Pour résumer, si c’est pour discuter et finir aux côtés de Cambadélis, ça ne nous intéresse pas. Nous avons jusqu’à décembre pour voir se clarifier les choses. Nous allons donc regarder avec attention ce que font les frondeurs et EELV sur le vote de confiance. S’ils ne sont pas d’accord, qu’ils fassent tomber Valls 2, car les applaudimètres de La Rochelle ne suffisent pas à nous convaincre. S’ils sont au bout du compte avec nous dans l’opposition à Hollande tant mieux, cela ira plus vite. Mais ce qui est sûr, c’est que nous ne pouvons pas dépendre d’eux et de leur évolution incertaine. Il faut donc construire quelque chose qui ne dépende pas d’eux, sur des bases claires d’opposition assumée.

Qu’est-ce qu’on peut attendre réellement et concrètement aujourd’hui du Front de gauche ?

Très franchement, depuis un an environ, tout le monde est d’accord pour évoluer et se dépasser vers un “front du peuple”. Sauf qu’on n’arrive pas à concrétiser ce dépassement. Le mouvement pour une VIe République c’est donner vie à ce Front du peuple. Mais si on veut que ça marche, on ne peut pas le faire en transvasant le défaut structurel du Front de gauche : celui d’être un cartel. Créer ce cartel a été un pas positif, nécessaire. C’était bien que ça existe sous cette forme, mais on voit bien que nos assemblées citoyennes n’ont jamais été à même de rassembler beaucoup plus largement que l’addition des militants de nos partis. Ou alors rarement. Certes cela n’a pas été suffisamment voulu ni encouragé mais ce n’est pas le seul problème. Je ne crois pas que le peuple ait envie aujourd’hui d’adhérer massivement à une organisation ni à un cartel. Or c’est cela l’ambition si on veut renverser la table. Des assises avec tous les opposants à la politique de Hollande, pourquoi pas ? Ça peut être utile, mais ce ne sera pas suffisant pour répondre à l’ampleur de la crise, et ça ne donnera pas davantage envie aux gens d’adhérer.

 

Les élections régionales ne peuvent-elles pas être l’occasion d’élargir l’expérience de la municipale grenobloise ? Et celle-ci passe aussi par des accords entre partis ou courants politiques…

On reste un parti, donc on ne nie évidemment pas leur rôle, encore moins au moment d’élections. Mais si on parle de Grenoble, il y a une alliance entre deux partis, mais surtout un grand mouvement citoyen. C’est dans ce sens que ça doit se passer : des partis qui travaillent à déclencher une dynamique citoyenne qui les dépasse. C’est la condition d’une révolution citoyenne. Est-ce que le Front de gauche peut œuvrer à ce déclenchement citoyen ? Cela implique déjà pour les régionales de trancher un débat préalable entre nous : se garantir d’être autonome du PS lors des prochains scrutins. On ne peut pas rejouer les dernières municipales et attendre jusqu’à un mois avant, que le PCF ne décide de stratégies variables, et que nous nous retrouvions dans un patchwork illisible.

Ce mouvement pour la VIe République laisse entendre que les partis ne suffisent plus. Mais y a-t-il aujourd’hui, alors qu’un gouvernement élu par la gauche est au pouvoir, la place pour une mobilisation d’ampleur ?

Je n’ai absolument aucune certitude sur le fait qu’on y arrive, mais je ne vois pas d’autres solutions pour éviter le pire que d’espérer que le peuple revienne aux affaires. Pour une très grande majorité de la population, y compris une grande part de ceux qui ont voté Hollande pour se débarrasser de Sarkozy, constatons que le clivage gauche-droite n’a plus de sens. C’est un crève-cœur mais les responsables sont ceux qui comme Hollande ont brouillé ce clivage, pas le peuple. On ne peut dès lors faire reposer un mouvement visant à fédérer le peuple sur son appartenance obligée à LA gauche. Ce qui n’empêche pas que notre projet est évidemment de gauche au sens réel du terme. On connaît l’électorat politisé du Front de gauche, il est constant, il tourne autour de 7 % à chaque élection sauf justement lors des présidentielles. Si on en croit les sondages qui testent les mêmes candidats qu’en 2012, le potentiel de la présidentielle est toujours là. Il faut aller le rechercher, le mettre en mouvement, l’élargir chez ceux qui s’abstiennent comme chez ceux qui n’en peuvent plus de Hollande. Comme le dit Jean-Luc Mélenchon : « Le système n’a plus peur de la gauche, il a peur du peuple. » Cela signifie aussi que pour combattre le système, le peuple ne compte plus sur la gauche. Pour lui parler, il faut tenir compte de cette équation sinon on se fait plaisir et on se rassure à bon compte.

Mais vous évoquez la VIe République depuis la présidentielle, et avez déjà organisé une marche le 5 mai 2013 sur le sujet. Or cette revendication se résume essentiellement à la convocation d’une assemblée constituante, ou de l’instauration d’un référendum révocatoire de mi-mandat. Ce contenu n’est-il pas un peu “léger” pour mobiliser ?

On pourrait penser que la constituante est uniquement une méthode, mais c’est en réalité l’expression d’une volonté : que le peuple redevienne souverain. C’est un moteur essentiel. Une nouvelle constitution ne peut pas être le fait que de partis ou d’experts. Ça n’est pas neutre, c’est au moment de la constituante de 1789 que sont nées spatialement la gauche et droite : pour compter les voix, on a mis ceux qui s’y opposaient au nom de la souveraineté populaire à gauche de l’hémicycle et les autres à droite. Mais bien sûr nous portons aussi une conception de la VIe. Le pouvoir revenant au parlement, en finir avec le fait que la politique soit un métier réservé à une minorité, instaurer une république sociale, bref le peuple souverain partout y compris pour contester le pouvoir démesuré accordé au capital. Nous voyons la VIe République comme une réponse globale dans un moment où le capitalisme prive le peuple de sa souveraineté, pas seulement comme une approche institutionnelle.

Cela va passer par quel type d’initiatives ?

Nous sommes évidemment en phase avec Jean-Luc Mélenchon quand il explique que ce ne peut être le mouvement d’un parti, et encore moins d’un homme. Vous comprendrez dès lors que les choses ne sont pas calées. Il faut déjà travailler à réunir des personnalités diverses qui sont d’accord pour le lancer comme on a su le faire pour initier la marche du 5 mai. Par ailleurs, il y a au moins un principe : il faut que ce soit un processus populaire, donc qu’on puisse par exemple y adhérer directement. Il faut que cela nous dépasse rapidement.

Mais l'essentiel, y compris dans l’irruption populaire que nous espérons, ce sont les batailles sociales et citoyennes contre le gouvernement Valls 2 qui vont avoir lieu. Tout ce qui peut rassembler les syndicats, les associations, les syndicats, en respectant évidemment l’indépendance et les formes d’actions propres de chacun, sur cet objectif, comme nous l’avons fait lors de la marche du 12 avril, est également essentiel et en rien contradictoire d’un mouvement pour la VIe République. Car le mieux serait d’en finir très vite avec ce gouvernement de droite.

La boîte noire :

L'entretien a eu lieu jeudi 4 septembre dans un café parisien. Il a duré un peu moins d'une heure, et a été relu et amendé (sur la forme) par Éric Coquerel.