Discussion à propos de la situation politique et des pespectives

Après le résultat inquiétant des élections régionales, l’état d’urgence, la politique extrêmement droitière du gouvernement socialiste,
une discussion est indispensable au sein de la gauche d’alternative.

Où en sommes nous ? Que faire ? Quelles perspectives ?

Afin d’aider au débat voici quelques pistes, quelques propositions, quelques avis, bien sûr à compléter.

Au cours de l’assemblée de rentrée du Front de Gauche Pays Bigouden (association) samedi 30 janvier 2016 de 10h à 13h à la MPT de Pont L’Abbé

nous aurons l’occasion de discuter de la situation. L’invitation pour le 30

Débat 2016

Après le résultat inquiétant des élections régionales, l’état d’urgence, la politique extrêmement droitière du gouvernement socialiste, une discussion est indispensable au sein de la gauche d’alternative.

Où en sommes nous ? Que faire ? Quelles perspectives ?

Afin d’aider au débat voici quelques pistes, quelques propositions, quelques avis, bien sûr à compléter.

Quelques textes pour ouvrir la discussion :


Débat lancé en décembre 2015, janvier 2016 dans le journal l’Humanité sous le titre

Et maintenant, comment reconstruire à gauche ?

Quelques extraits :

LA PLEINE CONSCIENCE DE SA PROPRE DÉFAITE
Par Gaël Brustier, politologue et essayiste (1)

Les élections régionales ont révélé une rétractation électorale du PS sur le sud-ouest, la Bretagne et les idéopôles, c’est-à-dire les métropoles connectées à la globalisation (Paris, Grenoble, Montpellier…). Elles ont aussi précisé le risque de progressive extinction de la gauche radicale, qui a disparu de plusieurs hémicycles régionaux. La tripartition des votes ne doit pas camoufler la possibilité d’une marginalisation possible de la gauche en France et une polarisation à droite de la vie de notre pays.

Les résultats électoraux sont souvent la traduction d’un rapport de force idéologique, de l’état de ce que l’on peut appeler, à l’instar d’Antonio Gramsci, le « front culturel ». La plongée de notre pays dans le processus d’intégration européenne et dans la globalisation, la montée des interdépendances entre les États et entre les hommes ont des effets sur la vision du monde de nos concitoyens. Parmi les autres déterminants du vote, la puissance de l’idéologie mêlant immigration, rejet de l’islam, peur du terrorisme, discours sécuritaires est incontestable dans ce scrutin. Elle se fait explication du monde et, dans les derniers mois et semaines, a travaillé l’électorat en profondeur. La « crise des migrants » avait servi de carburant dans d’autres scrutins récents en Autriche (profitant au FPÖ) et en Suisse (profitant notamment à l’UDC). Dans le même temps, l’affaire grecque a révélé une forme d’impréparation de la gauche radicale à affronter la coercition européenne. L’effet « vote utile » à gauche dans ce contexte n’est pas étonnant. Il permet un maintien du score des listes PS sans empêcher la rétraction sur quelques bastions de la gauche. Une tentation de la social-démocratie française va être d’incarner un « moindre mal » en usant et abusant du vocabulaire républicain, en tentant par des alliances de centre droit de devenir le seul et dernier obstacle à un FN, dont on voit qu’il est encore rejeté, en l’état, par une majorité de Français. Partant du constat qu’elle devient structurellement minoritaire, cette gauche-là a la tentation de devenir un partenaire (inévitablement mineur) d’une alliance « au centre », c’est-à-dire avec des fragments de la droite non radicalisés, économiquement libéraux mais hostiles à l’accent mis sur l’identité par la droite de Nicolas Sarkozy. Cette stratégie consacrerait un déplacement de l’axe de notre vie politique à droite et n’empêcherait probablement pas une forme d’ethno-libéralisme de voir le jour.

Face à cette tentation, celle de construire une gauche idéale à côté de la gauche réelle n’a pas plus de chance de réalisation aujourd’hui que celle de faire un Parti socialiste idéal à côté du parti socialiste réel hier. Il ne s’agit plus désormais de faire un « virage à gauche ». Si la gauche est aujourd’hui structurellement minoritaire en France, elle doit prendre le temps de la critique et de l’analyse, pour se doter des outils lui permettant de devenir, un jour, majoritaire. C’est de la pleine conscience de sa propre défaite que la gauche, qu’elle soit radicale ou sociale-démocrate, peut tirer les ressorts de sa refondation, et transcender ses contradictions. C’est, au fond, ce qu’a entrepris Podemos en Espagne. Au-delà des effets de mode, l’apport de Podemos au renouveau de la pensée stratégique doit être pleinement analysé. Que Podemos subisse un succès ou un échec relatif au regard de sa jeune histoire est relativement secondaire par rapport aux questions que soulèvent ses animateurs Pablo Iglesias et Inigo Errejon. Pour surmonter les difficultés de leur camp, ils ont quitté le sillage des vieux appareils, pour penser librement une stratégie alternative. Ils l’ont fait en analysant le système de pouvoir de l’Union européenne, l’évolution du système capitaliste, la modification des configurations sociales qui en découle, les nouvelles formes de coercitions et les possibles brèches dans le consentement dans lesquelles ils pouvaient s’engouffrer. Oui, tout est à repenser, tout est à refonder.

(1) Dernier ouvrage paru : À demain, Gramsci, Éditions du Cerf.

L’IMPÉRATIF DE LISIBILITÉ IMPOSE LA CLARTÉ
Par Gérard Mauger, directeur de recherche au CNRS

Suffit-il, pour lutter contre le FN et gagner « la bataille des idées », de prendre systématiquement le contre-pied de ce que disent ses porte-parole ? Au risque de décevoir, sinon d’indigner, je voudrais expliquer les raisons que j’ai d’en douter… Quand le FN dénonce « l’UMPS », faut-il vraiment tenter de réhabiliter le PS et feu l’UMP ? Il me semble qu’en l’occurrence le FN exprime le point de vue profane sur les partis politiques qui alternent au pouvoir en France, comme un peu partout en Europe (quand ils ne forment pas une « grande coalition ») : « La gauche et la droite, c’est du pareil au même… » Faut-il contredire une vérité de sens commun qui se trouve être aussi, grosso modo, une vérité « objective » et laisser au FN le monopole de l’opposition au « système » ? De même, en un temps où l’expérience grecque est venue rappeler à ceux qui en doutaient encore qu’il n’y a pas d’expérience « de gauche » possible dans le cadre de l’Europe des traités, faut-il laisser au FN le monopole de l’opposition (apparente) à la construction européenne que dénonçait (victorieusement) « la gauche de gauche » au temps qui n’est pas si lointain du « non au TCE » ? Faut-il, au prétexte d’internationalisme, défendre l’internationale du capital, « la concurrence libre et non faussée », les menaces permanentes de délocalisation et la libre circulation des containers à travers le monde ? Pour combattre le FN avec quelque chance d’être entendu par les profanes, il ne s’agit pas de sauver la mise du PS ou celle des « Républicains », mais de dénoncer leur uniformisation dans le cadre intangible des politiques néolibérales européennes. Ainsi devient-il possible (et audible) de dénoncer les faux-semblants d’un FN, vrai défenseur du capital et faux défenseur des travailleurs, aligné lui aussi, en dépit des apparences, sur l’UMPS. Reste le troisième thème de prédilection du FN: la vindicte contre les « cassoces » c’est-à-dire, pèle-mêle, la délinquance et « l’assistanat » attribués à « l’immigration ». S’il ne s’agit évidemment pas, en la matière, d’endosser les propos du FN, comment engager « la bataille des idées » sans être assuré de la perdre ?

En un temps où les classes populaires, plus ou moins « établies », sont confrontées à « l’insécurité sociale » et dénoncent les « jeunes des cités » indistinctement supposés fauteurs d’« insécurité » et/ou les prétendus « privilèges » des immigrés, le vote FN renforce symboliquement la frontière qui les en démarque et conjure magiquement la menace d’une retombée toujours possible dans l’indignité et la misère. Sans « blâmer les victimes » ni sembler prendre le parti des « mauvais pauvres », on peut rappeler que les rodomontades contre « la racaille » ou « les assistés », qu’elles émanent de la famille Le Pen ou de Sarkozy, sont non seulement inefficaces pour lutter contre la délinquance ordinaire, mais détournent le sentiment d’injustice de sa cible : les inégalités obscènes que reproduit le cynisme illimité des classes dominantes et de leurs porte-parole politiques attitrés (des « Républicains » au Front national, sans oublier le Parti socialiste).

Prenant prétexte du « nationalisme » du FN et de la réhabilitation sarkozyste de « l’identité nationale », faut-il leur emboîter le pas et encourager chacun à afficher une « identité culturelle » irréductible ? Au motif que le FN revendique une « laïcité » qui sert de cache-misère à un racisme anti-arabe hérité de l’OAS, faut-il la lui abandonner? Est-il si difficile d’être à la fois laïque et antiraciste, rationaliste et tolérant, de mettre en avant tout ce qui peut rassembler ­ une condition de classe partagée, exploitée et dominée ­ plutôt que ce qui sépare ? L’impératif de lisibilité par les profanes (où se recrute le parti majoritaire de l’abstention) impose la clarté à toute tentative de reconstruction de la gauche.


«Les classes populaires, ce sont aujourd’hui toute cette jeunesse et toute la population issue de l’immigration»
Entretien avec Daniel Mermet, journaliste, site La-Bas.org

COMMENT RÉAGISSEZ-VOUS AUX RÉSULTATS DES ÉLECTIONS RÉGIONALES ?
DANIEL MERMET Je suis consterné. On peut se réjouir que le Front national n’ait pas gagné de région. Mais le fait qu’il batte des records en nombre d’électeurs est très préoccupant. La victoire de la droite ou de la gauche de gouvernement consécutive à des alliances de fortune ne rend pas compte de la situation exacte.

ET POUR CE QUI EST DE LA GAUCHE ?
DANIEL MERMET D’abord de quelle gauche parle-t-on ? La gauche de droite du gouvernement néolibéral qui gère aujourd’hui les affaires du pays ? Ou bien la gauche de gauche traditionnellement opposée au capitalisme, qui défend les opprimés et les classes populaires ? Il existe une confusion qui se fait au détriment de la gauche elle-même. C’est flou, c’est vague. Il faudrait redonner un sens à ce mot gauche en repartant des réalités sociales du pays. Cette gauche de droite a trahi les classes populaires. Elle n’offre aucune réponse , aucune alternative. Faire des alliances avec un Parti socialiste qui soutient un gouvernement VallsMacron qui mène la même politique que Merkel en Allemagne, c’est suicidaire. Une position clairement à gauche est à reconstruire ! Cela peut prendre du temps mais c’est nécessaire.

COMMENT Y PARVENIR ?
DANIEL MERMET Il faut reprendre ce que le Front national nous a volé ! Le FN a emprunté toutes les analyses, les positions et les projets de la gauche de gauche. Pendant longtemps leur fond de commerce a été « insécurité- immigré ». Puis ils ont rajouté les luttes sociales, les inégalités, la tyrannie de la finance et du profit. Bref, on dirait la photocopie des propositions d’Attac ! C’est une escroquerie et ça marche ! Reprenons nos billes ! C’est une confusion totale, l’extrême droite copie la vraie gauche et la gauche copie la vraie droite ! C’est consternant mais le FN est le seul parti qui fait aujourd’hui de la politique. Il ne se contente plus d’accumuler les mécontentements et les ressentiments mais avance des projets, y compris culturels. Je lisais dans le supplément du Monde la référence du FN à Jean Vilar. J’ai pris cela comme un crachat qui m’était personnellement lancé à la figure. C’est dingue que Vilar, homme de gauche, compagnon de route du Parti communiste, puisse être aujourd’hui récupéré par le FN ! Comment y parviennent-ils si facilement ? À nous de leur reprendre dans le domaine de la culture, dans le social, l’économique. Et concernant l’Europe.

POURQUOI LA GAUCHE NE PARVIENT-ELLE PAS À REPRÉSENTER LES CATÉGORIES POPULAIRES QU’ELLE RASSEMBLAIT ?
DANIEL MERMET C’est une vieille histoire ! Les classes populaires, ce sont aujourd’hui toute cette jeunesse et toute la population issue de l’immigration et des anciens pays colonisés. La gauche de gauche n’est pas à l’aise de ce côté-là. Des anciens contentieux doivent être réglés afin que cette partie des classes populaires se reconnaisse dans la gauche. Dans mon enfance dans la banlieue rouge, il y avait des ponts entre les chrétiens et le Parti communistes. Aujourd’hui il faut prendre l’Islam en considération. Et il y a aussi un autre front, celui de l’environnement. Ce n’est pas un problème secondaire car il permet de mettre directement en accusation le capitalisme. Il est aussi important que la lutte sociale. À ce sujet, la gauche doit être beaucoup plus radicale. Enfin, il y a cet éléphant au milieu du salon, qu’est le chômage. C’est le problème majeur, c’est la cause principale de la résistible ascension du FN.

MAIS COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS QUE LES LISTES QUI ONT PORTÉ LA CONTESTATION DU CAPITALISME, EN INCLUANT CET ENJEU ÉCOLOGISTE, NE SOIENT PAS PARVENUES À PERCER ?
DANIEL MERMET Je ne vois pas quel est le projet de la gauche de gauche concernant l’Europe, sur le plan économique, en matière sociale, de lutte contre le chômage, pour les quartiers, par rapport à la sécurité, sur le port du voile, etc. La gauche est totalement absente. Rappelez-vous Lionel Jospin qui refusait «l’excuse sociologique». Les violences policières dans les quartiers, l’état d’urgence, les contrôles au faciès, les perquisitions : qui est là pour trouver ces amalgames inadmissibles et dénoncer l’islamophobie ? Les habitants se tournent alors vers la mosquée. Il existe bien des associations à qui on demande de ne pas faire de politique si elles veulent obtenir des subventions. Au Brésil, lors du mouvement des paysans sans terre, les forces politiques de gauche n’ont pas attendu que ces paysans très fortement religieux ne soient plus catholiques pour organiser leur combat et lancer leur mouvement. Ils ont fait avec cet élément de piété populaire pour exiger une redistribution des terres et une répartition des richesses. Aujourd’hui, il faut arrêter avec cette défiance envers les banlieues, et ce mépris et cet abandon durement ressenti par les classes défavorisées, quelles que soient ses origines.


BESOIN DE RADICALITÉ ET RÔLE DES MOUVEMENTS SOCIAUX

Par Stéphanie Roza, professeure de philosophie, et
Jean-Numa Ducange, maître de conférences en histoire à l’université de Rouen

Au lendemain des élections régionales, le Front de gauche n’est même pas en mesure de compter ses électeurs, parce que la division a conduit à un éclatement des listes et des sigles. Pour convaincre, encore faut-il exister ! Pendant ce temps, et quels qu’aient été les effets dudit « front républicain », le FN a encore gagné des électeurs entre les deux tours. Lui, du moins, est en mesure de les compter : 6,8 millions. Un record historique. Une partie de la gauche de la gauche, pas plus qu’au premier tour, n’a pas su faire la différence et se poser en alternative à la gauche gouvernementale. Elle a emboîté le pas à la direction nationale du PS pour crier, une fois de plus, à la menace fasciste. Elle a été, pour certains de ses représentants, jusqu’à prétendre qu’un Christian Estrosi, notoirement connu pour ses positions grossièrement hostiles aux musulmans et ses appels du pied à l’électorat raciste, était un « rempart »… contre l’extrême droite. Donc jusqu’au point de défendre l’idée que la gauche avait raison de disparaître de certains conseils régionaux, de se priver de toute possibilité d’intervention dans ce cadre pendant toute une mandature, laissant le champ libre au FN et à une droite qui s’aligne de plus en plus sur ses thèmes et son message identitaire.

On ne peut prétendre incarner l’alternative sans analyse rationnelle des réalités politiques auxquelles le présent nous confronte. Par le passé, les adversaires les plus intelligents du PCF avaient su cesser de l’appeler « le parti de Moscou » une fois le temps du stalinisme passé. Pourquoi persister, contre l’évolution de la réalité elle-même, à miser sur la peur plutôt que sur l’intelligence collective en continuant de prétendre que le FN est un parti fasciste ou fascisant comme s’il était une pure réplique des partis des années 1930 ? Pourquoi continuer d’agiter un épouvantail qui ne convainc que les convaincus, et qui n’a jamais empêché l’extrême droite d’engranger toujours plus de succès ? Pourquoi contribuer à redorer le blason de partis discrédités aux yeux d’une partie croissante de l’électorat populaire, en leur prêtant des allures de résistants alors que la distance entre le populisme réactionnaire d’une Marine Le Pen et les discours sécuritaires de la droite sarkozyste se réduit un peu plus à chaque élection ? Plutôt que de postures moralisantes, la gauche radicale a besoin… de radicalité. Elle doit cesser d’être l’appendice politique désolant d’une gauche socialiste à qui les scores du FN servent à faire oublier ses propres renoncements. Elle doit commencer par l’exemple de l’indépendance politique, du courage, et pour cela, aussi, rompre avec les travers que les salariés de ce pays, son public privilégié, honnissent de plus en plus largement : le cumul des mandats, les arrangements politiciens, les compromissions de toutes sortes, la lutte des places. Elle doit miser sur les mouvements sociaux plutôt que sur les coalitions. S’attaquer à ces problèmes est la seule manière vraiment efficace de lutter contre la montée inexorable du FN. Il y a urgence.


UN CHANTIER IDÉOLOGIQUE ET ORGANISATIONNEL

par Pierre Mathiot, professeur de science politique, Sciences-Po Lille

À l’issue de vingt mois d’élections aux résultats pour le moins contrastés pour l’ensemble des forces de gauche, la question n’est plus de savoir s’il est nécessaire de reconstruire à gauche (ou de reconstruire la gauche) mais s’il est (encore) possible de le faire. Ce n’est en effet pas le moindre des paradoxes que de constater que François Hollande se trouve en situation de possible réélection en 2017, ce alors même que la gauche politique, dont il est issu, est dans une très profonde déliquescence idéologique, divisée, affaiblie par les revers électoraux et le départ de ses militants, incapable de voir émerger des dirigeants nouveaux, éloignée des milieux populaires, inaudible dans la jeunesse.

À cet égard, il est malheureusement clair que la double perspective de la présidentielle et des législatives de 2017, ajoutée à la gestion des effets, tant matériels que politiciens, de l’actuelle séquence électorale, ne crée pas les conditions optimales pour qu’un examen de conscience doublé d’une réflexion innovante, et efficace électoralement, prenne corps dans les divers appareils partisans. Si l’on oublie tout de même un instant le poids des logiques (et des intérêts) propres aux organisations partisanes, il semble que deux chantiers au moins devraient être rapidement lancés.

Il faut lancer un chantier idéologique et programmatique. Il est peu de dire que la gauche est aujourd’hui fortement divisée lorsqu’il s’agit d’analyser la situation économique et sociale, d’envisager quelles politiques publiques devraient être mises en oeuvre, de les hiérarchiser selon leur degré de priorité. Cette division est d’autant plus incompréhensible et démobilisatrice pour les citoyens qu’elle traverse plusieurs des partis de gauche. Il est impératif que les diverses forces de gauche soient capables de faire le point sur leurs désaccords et d’identifier aussi les lignes principales autour desquelles il pourrait être possible de construire une plateforme commune. Le souci de mon point de vue est moins de constater qu’il existe schématiquement aujourd’hui deux courants principaux de pensée à gauche que d’établir précisément sur quelles bases ils se fondent et se distinguent et autour de quels points ils sont en mesure, localement et nationalement, de s’entendre.

Cette exigence est une urgence car les citoyens, à force de ne rien comprendre à ce qui s’échange sur les plateaux de télévision, s’éloignent, quand bien même ils font encore (mais pour combien de temps) l’effort de voter pour la gauche. Cette exigence repose aussi, me semble-t-il, sur la nécessité impérieuse de sortir des discours incantatoires et simplificateurs qui ne servent plus qu’à resserrer des rangs clairsemés. Cette exigence, enfin, suppose, simplement et fondamentalement, de poser la question de savoir ce que c’est qu’être de gauche en 2016 en rappelant peut-être que l’un des principes fondateurs de cette identité est le mouvement, la réforme, le changement de l’ordre des choses.

Il faut aussi ouvrir un chantier organisationnel. Le constat n’est pas nouveau mais il est de plus en plus lancinant : les partis politiques, du fait de leur inertie, constituent une partie du problème lorsqu’on parle de reconstruction. Si l’on met de côté la famille écologiste, dont les manières de faire partisanes sont à la fois originales mais génératrices d’ingouvernabilité interne, il faut accepter enfin de se dire clairement que le fonctionnement des partis, les logiques de leadership, l’influence extrême des professionnels de la politique et des permanents, agissent comme un répulsif de plus en plus puissant tant pour celles et ceux qui envisageraient de s’engager que pour les électeurs. Certes, la relance de la dynamique démocratique ne renvoie pas seulement à une réforme profonde des partis politiques, mais celle-ci doit en constituer l’un des fondements, pour chacun d’entre eux et sans doute en lien les uns avec les autres.


 

LE RASSEMBLEMENT ET LA LISIBILITÉ
Par Serge Regourd, directeur de l’Institut du droit de la culture et de la communication, Toulouse-I-Capitole

Quand un universitaire, doté de fortes convictions dites « de gauche », se confronte pour la première fois de sa vie à une élection ­ tête de liste départementale du rassemblement « Nouveau monde en commun » pour la région MidiPyrénées-Languedoc-Roussillon ­ il est d’abord confronté à un constat implacable : « C’est quoi la gauche aujourd’hui ? », question ­ et parfois réponse désespérante ­ entendue des centaines de fois durant cette campagne. Alors, avant même de construire de savants discours, d’échafauder de nouvelles grilles programmatiques, de recourir à de nouveaux paradigmes, il convient, humblement, de faire retour au réel, au quotidien de ceux pour qui la « gauche » est supposée faire sens.

Retour en quelque sorte aux exigences les plus élémentaires de la praxis, selon Marx. Et, prosaïquement, nous voilà entravés déjà par un problème de vocabulaire, d’identification terminologique, qui constitue la condition même de toute communication. Or, qui oserait aujourd’hui soutenir que la communication n’est pas ­ hélas ­ au cœur de la politique ? Ou que la politique n’est pas, si souvent, réduite à une pure communication ? Sur ce terrain de la communication ­ qui définit l’espace public ­ le vocable de « gauche » s’inscrit dans un champ lexical sursaturé et illisible pour le citoyen ordinaire : le Front de « gauche » comporte une composante, un Parti de « gauche ». La première règle épistémologique est, pourtant, que le même mot ne peut désigner le tout et une partie de ce tout. Mais le Parti socialiste est aussi un parti ­ le premier ­ de « gauche ». La deuxième règle épistémologique est, pourtant, que l’on ne peut être à la fois dehors et dedans. Pour faire bonne mesure, on ajoute le Parti radical « de gauche », et comme l’électeur de base ne comprend pas ces subtilités sémantiques, on le rassure en lui disant que la radicalité est ici modérée et ne relève évidemment pas « de la gauche de la gauche »… Raymond Devos et Boby Lapointe sont des génies du langage… pour faire rire. La duplication de leur jonglerie lexicographique dans l’ordre du politique engendre, à l’inverse, des larmes de désespérance. Ne plus savoir ce que les mots veulent dire constitue, déjà, le premier symptôme de la maladie qui affecte la « gauche » et qu’il faut traiter d’urgence. Camus disait en substance que « se tromper sur les mots, c’est ajouter au malheur du monde ». L’absence d’identification qui résulte des polysémies ci-dessus évoquées rend la gauche illisible.

Ayant admis qu’une partie de celle-ci n’est plus réellement la gauche et qu’elle vise en réalité à opérer une recomposition politique avec une partie de la droite et du centre droit, il reste que « la gauche de la gauche » sera réduite à l’impuissance tant qu’elle continuera à cultiver la multitude de ses chapelles et à privilégier ce qui fragmente. Lever de telles hypothèques mortifères, tel était le sens du large rassemblement constitué pour les élections régionales en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, grâce à la lucidité et à l’intelligence politique de responsables comme l’écologiste Gérard Onesta et la communiste Marie-Pierre Vieu. Il ne s’agit, certes, que d’un fragile laboratoire, mais le rassemblement, l’unité, et donc la lisibilité et l’intelligibilité, constituent les premières conditions de reconstruction d’une gauche, qui devra elle-même déconstruire les amalgames et contradictions terminologiques : l’unité d’action corrigera la multiplicité des appellations. Encore la praxis !…

http://www.frontdegauchebigcap.org/wp-content/uploads/2015/12/Regourd_Huma17dec15.pdf


 

L’AVENIR DE LA GAUCHE EST EN QUESTION
Par Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic

Le sursaut citoyen du second tour pour faire barrage au FN ne doit pas faire illusion. Certes, ce dernier échoue à s’emparer d’un certain nombre de régions, mais il continue de progresser, dépassant en nombre de voix celui de la présidentielle de 2012 alors même que la participation était moins importante à cette élection. La gauche, toutes composantes confondues, est à un niveau historiquement bas, et si le PS a pu sauver des régions, c’est avant tout grâce à des triangulaires. Le Front de gauche (FG), même allié dans certaines régions à EELV, n’a pas réussi à apparaître comme une alternative et enregistre au premier tour un de ses plus mauvais résultats.

Ces résultats reflètent l’état de la société française dans laquelle la xénophobie connaît un inquiétant développement, avec un recul des valeurs d’égalité et de solidarité, sur fond de désintégration sociale. Pour les électeurs du FN, les questions économiques et sociales sont vues à travers le prisme de la recherche de boucs émissaires dont les immigrés, et en particulier les musulmans, sont aujourd’hui la figure la plus marquante. Les orientations du gouvernement Hollande-Valls participent activement d’un processus qui voit l’électorat de gauche déboussolé se désespérer chaque jour un peu plus. Ce gouvernement vient d’ailleurs de donner une première réponse à la situation actuelle. C’est le refus de donner un coup de pouce au Smic. Alors même que le FN se nourrit de la désespérance sociale, le message est clair : on ne change pas une ligne qui perd. Cette orientation sur le plan économique et social s’est politiquement traduite dès dimanche soir par des appels appuyés à la droite « républicaine » pour que soit mis en place « le cercle de la raison », pour reprendre ici une formulation jadis employée par l’essayiste Alain Minc, regroupant libéraux de droite et de gauche.

S’il est peu probable que cette tentative, par ailleurs lourde d’un éclatement possible du PS, puisse voir le jour avant l’élection présidentielle de 2017, la question est aujourd’hui posée. C’est donc l’avenir de la gauche dans ce pays qui est en jeu, c’est-à-dire l’existence d’un mouvement politique portant les valeurs d’égalité, de solidarité, d’une gauche d’émancipation. Le FG reste, malgré ses échecs et ses faiblesses, un point d’appui tant militant qu’électoral. Mais il est clair qu’il ne pourra à lui tout seul représenter une alternative politique.

Les raisons en sont multiples (voir http://blogs. mediapart.fr/pierre-khalfa). Il faut en tirer les leçons et repartir de l’avant. Une reconfiguration du champ politique suppose de clarifier trois points. Le premier renvoie aux orientations gouvernementales. Aucune proposition politique nouvelle à gauche ne peut naître sans s’opposer aux politiques néolibérales du gouvernement et à sa dérive néoconservatrice en matière de sécurité.

Mais, et c’est le deuxième point, on ne reconstruit pas l’espoir simplement en s’opposant. Il faut montrer qu’une société plus juste et plus égalitaire est non seulement nécessaire et bénéfique, mais réalisable, en articulant les solutions concrètes à un imaginaire qui permette de les envisager et d’emporter l’adhésion. Cela suppose, au-delà même du discours, s’appuyer sur les pratiques sociales émancipatrices qui voient le jour sur de nombreux terrains. Conséquence de cette exigence ­ c’est le troisième point ­, on ne construira pas une nouvelle donne politique à gauche par de simples manœuvres d’appareil. Une refondation de la gauche ne peut être que l’objet d’un processus qui dépasse les forces politiques existantes, implique les citoyen-ne-s et s’appuie sur les mouvements sociaux réels. C’est dans ce cadre qu’il faudra notamment envisager la désignation d’une ou d’un candidat à l’élection présidentielle de 2017.

http://www.frontdegauchebigcap.org/wp-content/uploads/2015/12/Khalfa_Huma17dec15.pdf


SE RASSEMBLER, MAIS SUR QUOI ET COMMENT?
par André Jaeglé, ingénieur géographe retraité

Le FN se trouve désormais en position de parti leader de l’opposition. Ni le Parti communiste ni le Front de gauche n’apparaissent actuellement comme capables de rassembler une opposition sur des objectifs réellement transformateurs de la société… ce qui est pourtant le vœu profond de bien des électeurs. Le Parti communiste et sa direction n’ont pas ménagé leurs efforts pour tenter de convaincre que l’important était de se rassembler sur un programme.

Mais les faits se sont chargés de nous rappeler que la lutte pour accroître notre place et donc notre influence dans les assemblées élues, tant nationale que territoriales, est inséparable des luttes. Or une volonté d’action ne se cristallise pas sur un programme mais sur des objectifs précis et, en général, limités. Lesquels ? Là est la question. Le déferlement des attaques contre les acquis sociaux nous place sur la défensive.

On manifeste contre l’austérité, objectif trop général. Les gens savent d’expérience qu’il ne suffit pas qu’un candidat, si convaincu qu’on soit de sa sincérité et de son honnêteté, inscrive des mesures sociales (emploi, salaires, éducation, santé, logement, etc.) dans son programme pour que cela soit suivi d’effet. Si nous étions aux affaires (à la place de Hollande, Valls et Macron), nous ne pourrions pas tenir nos promesses sans réfléchir aux moyens de faire reculer la domination de la finance. Laquelle ne se laisserait pas faire. Actuellement, elle est en position de menacer de couper le crédit à quiconque fait mine de s’écarter des règles qu’elle a dictées. Il ne suffit pas d’accéder au pouvoir politique pour être capable de changer ce qu’on juge nécessaire de changer (cf. Tsipras en Grèce). C’est donc dès maintenant, sans attendre un hypothétique retour aux affaires, qu’il nous faut rassembler non seulement sur un programme, mais aussi et surtout sur des objectifs d’action.

Le programme se construira à mesure que des objectifs d’action se révéleront mobilisateurs et accéderont ainsi au rang de composante réaliste d’un programme électoral. Et non l’inverse ! Il ne suffit pas d’inscrire un objectif sympathique et populaire dans un programme pour convaincre l’électeur de notre réalisme et de notre efficacité.

Parmi ces objectifs de lutte, il faut donc donner la priorité à ceux qui mettent en cause la domination de la finance. Il n’en manque pas : utilisation des fonds de la Banque centrale européenne ; transparence bancaire et notamment celle des filiales offshore ; l’optimisation fiscale ; séparation des banques de crédit et de dépôt ; politique fiscale en général ; bref, tout ce qui touche à l’argent ! Et par-dessus tout, mettre fin à la colonisation des cabinets ministériels par les représentants du monde de la banque. Encore faut-il saisir les occasions quand elles se présentent et inventer les mots, les formules qui rendent bien visible le but poursuivi.

Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF, nous invite à oser « toutes les questions », à ouvrir « tous le débat tout en assurant à chacune et chacun l’écoute et le respect ». Il se peut que ceux auxquels nous voulons nous adresser ne soient pas d’emblée préparés à un langage nouveau de notre part. Il y a beaucoup de raisons à cela. Mais cela ne change rien à l’affaire. Il faut en passer par là.

Nous voulons nous attaquer au capital ? Nous affranchir de sa domination, au bout du compte ? Alors, il faut viser les fonds d’investissement et autres formes de détention du patrimoine financier : 50 % de la richesse mondiale est concentrée dans les mains d’une infime minorité d’individus. Un pour cent! Le « Capital »? Il est là! Une quantité de gens ne sont pas des ouvriers mais ont le même intérêt ­ qu’ils en soient conscients ou non ­ à ce que soit réduite la domination de la finance. On n’en est plus au slogan « les patrons peuvent payer ». Nous ne pouvons pas construire la politique communiste sur la seule idée que seuls les plus pauvres ont leur place dans notre champ d’action. Ceux qui veulent s’impliquer dans l’avenir de notre pays (et celui de l’Europe) sont beaucoup plus nombreux.


UN PROJET DE TRANSFORMATION SOCIALE

par Jean Rabaté, journaliste honoraire

Daniel Mermet a tout à fait raison de distinguer deux « gauches » : celle « de droite du gouvernement libéral » et celle « de gauche opposée au capitalisme » (voir l’entretien paru dans l’Humanité du 16 décembre). Pourtant, depuis des mois les médias, les commentateurs et autres observateurs prétendument apolitiques se gardent bien de faire cette distinction. Ils sont ainsi parvenus à ce que, pour une grande partie de l’opinion, la gauche c’est le Parti socialiste.

Nicolas Sarkozy peut s’en réjouir, qui, après avoir dénoncé ­ il a beau jeu ­ les indiscutables méfaits de la politique gouvernementale, a fait « porter le chapeau » à « la gauche qui abîme tout ». Cet amalgame a eu et a pour la droite et l’extrême droite l’avantage de faire supporter à toutes les formations de gauche sans distinction les conséquences néfastes des choix politiques du président, de ses ministres, des actuels dirigeants de son parti. À bon entendeur salut, peuvent-ils dire : si vous n’êtes pas satisfaits de la politique gouvernementale, inutile de vous tourner vers le PCF ou d’autres formations se réclamant aussi de gauche ; toutes sont à mettre dans le même sac. Abstenez-vous donc de rejoindre leurs combats. Et de voter… Voilà qui une fois encore a bien fait l’affaire du Front national.

Cette ambiguïté ne fut pas pour rien au premier tour des régionales dans les résultats décevants du Front de gauche, ceux inquiétants du FN et dans le taux d’abstention des milieux populaires et de la jeunesse. Et au second tour ? Fusionner les listes de la « gauche opposée au capitalisme » avec celles de la « gauche de droite du gouvernement libéral » n’était certes pas sceller alliance politique entre elles, pas plus qu’avec celles de droite dans quelques régions. Les candidats du Front de gauche contraints de le faire pour battre le FN et pour assurer la présence de la « gauche de gauche » dans les conseils régionaux l’ont dit et martelé. Il n’empêche que bien des électrices et électeurs de base, notamment celles et ceux « qui-ne-font-pas-de-politique » et celles et ceux pour qui « tous les partis sont les mêmes », ont pu ne pas l’entendre ainsi. Mais n’y voir que manœuvre politicienne ou chasse aux sièges.

Aujourd’hui, à l’heure d’une indispensable refondation de la gauche, il est grand temps d’en finir avec tout ce qui peut entraîner semblables réactions. En commençant par redonner sens à l’expression « être de gauche ». N’est-ce pas ­ pour aller au plus court ­ proposer, soutenir et appliquer une politique de progrès et de justice sociale ?

S’attaquer aux acquis sociaux au nom de la compétitivité, aux services publics au nom de l’austérité, aux libertés au nom de la sécurité, etc., et donc usurper le beau mot de gauche, sans craindre de le disqualifier aux yeux de celles et ceux qui mettent en lui leurs espoirs de changement : c’est ce que font d’un commun accord l’Élysée et Matignon. Quant aux actuels dirigeants socialistes, par leur soutien à cette politique « libérale » pourtant parfois contestée au sein de leur parti, ils ont eux-mêmes exclu celui-ci des « forces de gauche ». On peut regretter (sans renoncer à espérer…) l’époque révolue où, fidèle à Jaurès, le PS incarnait avec le PCF et d’autres formations et personnalités la gauche de transformation sociale. Bien qu’en son sein certains le regrettent aussi, il faut en prendre acte. À défaut de pouvoir empêcher ceux qui s’en servent de continuer à faire l’insupportable amalgame gauche = PS, gardons-nous de leur faciliter la tâche. Les responsables politiques et l’Humanité ­ dont deux chroniques régulières et de fréquentes lettres de lecteurs soulignent l’importance des mots ­ peuvent y contribuer grandement en évitant toute expression pouvant conduire à confondre gauche et PS ou à inclure celui-ci dans une formule englobant les formations de gauche.

« Les mots ne sont pas tout. Mais ils ne sont pas rien », disait récemment l’une des chroniques de Patricia Latour et Francis Combes. Il nous revient, écrivait François Taillandier, « de remettre les mots dans leur définition, d’en relever les enjeux, de combattre les utilisations abusives, bref de veiller sur leur sens comme sur un bien très précieux ».

Précieux comme l’est la gauche au cœur des fidèles aux valeurs et objectifs anticapitalistes, voire révolutionnaires. Celle qui n’a rien à voir avec l’imposture de Matignon, de l’Élysée et de Solferino. Ni avec la « gauche » de leurs actuels occupants qui n’envisagent plus, en dépit de réticences au sein même de leur parti, de combattre le libéralisme mais de le subir, voire de le perpétuer en recherchant la bienveillance sinon l’aide de la droite dite centriste.

Désormais, devraient pouvoir se retrouver dans la gauche toutes les citoyen-ne-s et tous les citoyens attaché-e-s à la justice et au progrès social, qu’ils soient ou non « encart-ée-s » au PCF, PG, PS ou autres formations, syndicats ou associations. Une gauche très loin de « tout abîmer », qui se bat aujourd’hui pour empêcher les dégâts. Une gauche élargie, dépassant le Front de gauche, forte de ses diverses sensibilités, rassemblée autour d’un projet démocratiquement élaboré et qui demain s’attellera à tout reconstruire.

http://www.frontdegauchebigcap.org/wp-content/uploads/2015/12/Rabat%C3%A9_Huma23dec15.pdf


 

UNE UNITÉ INDISPENSABLE À PARTIR DU FRONT DE GAUCHE
par Yvon Quiniou, philosophe et auteur

Ce qui me fait intervenir présentement, après la catastrophe générale des élections régionales, c’est un sondage postérieur à ces élections et portant sur l’élection présidentielle de 2017, qui vient d’être publié. Hollande y est battu, ce qui est normal vu sa politique antisociale généralisée qui a nourri le vote Front national à un niveau jamais égalé jusqu’à présent sous la droite : quelle honte pour un gouvernement qui se dit « socialiste » et qui aura réussi à abîmer l’idée de « gauche » comme jamais ! Mais il y a autre chose, qu’il faut retenir : le Front de gauche, malgré son score faible et illisible aux régionales, y ferait entre 10 et 12 % des suffrages. Score étonnant si l’on songe à celui des régionales, mais qui retrouve celui de la dernière présidentielle.

Même s’il faut se méfier de pareils sondages, on peut cependant lui trouver prudemment une explication. L’élection régionale n’avait pas d’impact politique significatif, vu la faible responsabilité des régions dans la vie économique et sociale. Cela peut faire comprendre la faible participation, malgré le sursaut essentiellement républicain du second tour contre le FN et, surtout, le fait que les listes de « la gauche de la gauche » ne soient pas apparues porteuses d’une alternative efficace face à des problèmes relevant de la dimension nationale. Il faut donc relativiser notre faible score global (avec des scores locaux cependant encourageants) et comprendre ce qui suit : le Front de gauche (même s’il doit se transformer en Front populaire) apparaît toujours comme une alternative embryonnaire aux dérives néolibérales du PS actuel et cela doit nous donner confiance, par-delà nos désespoirs subjectifs. Mais à deux conditions, absolument impératives.

D’abord, qu’il s’adresse aussi aux socialistes qui, au sein du PS, n’en peuvent plus mais n’osent pas vraiment le dire et réagir en actes, pour diverses raisons sur lesquelles je ne m’appesantirai pas. Mais, surtout, que le Front de gauche, maintenu ou pas dans son appellation, cesse totalement d’être un assemblage de factions ne songeant qu’à leur influence personnelle et aux positions de pouvoir qu’elles pourraient obtenir. C’est ce que Freud appelait le « narcissisme des petites différences », qui nous fait oublier, en politique, l’intérêt général ou le bien commun, dont nous nous réclamons tous pourtant. Or il faut être clair et il faudrait que les partenaires du PCF l’admettent, quitte à blesser, justement, leur narcissisme : c’est bien le PCF qui est et doit demeurer l’ossature du rassemblement à « la gauche de la gauche ». Pour de nombreuses raisons, que seule la mauvaise foi peut nier : nombre de militants et d’élus, institutions diverses, revues, travail théorique, legs historique, etc.

Il y faut donc une unité indispensable, qui doit se construire à partir de lui, sans laquelle une force politique, quelle qu’elle soit, court à l’échec : l’heure de l’infantilisme gauchiste, à vocation suicidaire, devrait être définitivement révolue. Par contre, il nous faut avoir un leader d’envergure, sans lequel un mouvement politique ne peut triompher ­ j’ai envie de dire : hélas. C’est aux militants d’en décider : j’entends tous les militants de l’actuel Front de gauche et il peut ne pas être communiste, même si je souhaiterais qu’il le soit.

Dernière condition : ce mouvement à maintenir, à renouveler et à enrichir (ce n’est pas contradictoire) doit conserver son ancrage dans la pensée marxiste et ne pas se laisser séduire par des pensées à la mode mais sans véritable importance du point de vue révolutionnaire, à savoir communiste, qui doit demeurer le nôtre. Par contre, il doit absolument intégrer la question écologique, vitale pour l’ensemble de notre espèce. Il faut donc vaincre les résistances à cet égard et signaler que le productivisme aveugle, héritage de l’ère soviétique, est une menace pesant terriblement sur l’humanité. C’est pourquoi nous devons non seulement rester communistes, mais devenir éco-communistes, sans réticence.


LA RECHERCHE D’UNE AUTRE COHÉRENCE CONTRE LE POUVOIR DE L’ARGENT
par Jean-Marc Durand, membre du Conseil national du PCF

Sur fond de rejet de la politique Hollande, se confirment une abstention massive, un enracinement du Front national et un Front de gauche en panne. En cause, d’une part, l’état de la France minée par le chômage, la précarité, la peur et un repli identitaire. De l’autre, la situation à gauche ; une partie ayant trahi et l’autre peinant à incarner l’alternative. Pour le Parti communiste, le bilan n’est pas bon. Pourquoi ? Un bref retour sur ces vingt-cinq dernières années peut aider à comprendre. La chute de l’URSS, et cela malgré ses profondes contradictions, a traduit une défaite des idées de progrès portant un coup majeur à l’espérance en un autre modèle de société. Au lieu d’une analyse critique profonde de cet événement et d’un travail collectif de reconstruction idéologique, nous avons laissé s’installer une sorte de vacuité. Nous nous sommes repliés sur un corpus humaniste à base sociétale et charitable qui, aussi important qu’il soit, ne peut suffire à combattre le capitalisme mondialisé et son déchaînement idéologique.

Mesurant les risques de la situation, nous nous sommes lancés dans une sorte de fuite en avant donnant la primauté aux alliances électorales, l’épisode de 2005 étant une exception. Mais rapidement les forces du « non » ont montré leurs limites face au traité de Lisbonne. Au lieu d’analyser précisément cet épisode, nous avons redoublé dans notre stratégie d’alliances qui nous a conduits à 2012, soufflé très vite retombé.

Ces choix privilégiant « le chemin » plutôt que les « objectifs et contenus politiques » au motif qu’ils étaient connus de tous, n’ont visiblement pas eu un grand écho électoral. Clivages et incompréhensions chez les communistes comme parmi l’électorat de gauche tiennent fortement à cette option qui, au motif de ne pas handicaper la réalisation d’alliances, nous a conduits à censurer nos propositions et notre apport original jusqu’à stériliser toute campagne politique nationale propre, accentuant ainsi l’errance de beaucoup de communistes.

Casser le thermomètre ne fait pas tomber la fièvre. La question demeure : comment changer de politique sans articuler la construction d’une alliance de gauche à des luttes et des mobilisations de terrain porteuses des aspirations populaires ? Comment, dès lors, favoriser ce processus sans la confrontation ouverte d’idées, sur des objectifs de contenus précis ? Et comment, alors, se passer de l’apport communiste, de ses idées novatrices ? Gagner le soutien du peuple à des alliances de gauche suppose en effet qu’il trouve à se rassembler autour de propositions réalistes et radicales, point d’ancrage dans la durée d’une vraie ambition de gauche.

Une telle construction renvoie au rôle d’un Parti communiste révolutionnaire de notre temps dont la marque principale devrait être sa capacité à écouter et à proposer à partir de la nature du combat de classes d’aujourd’hui dans lequel l’adversaire se nomme capitalisme mondialisé et financiarisé. La nouvelle ambition communiste ne réside-t-elle pas dans la recherche d’une autre cohérence face à celle qu’impose la rentabilité du capital ? Le temps presse au regard des conflits et des dangers qui du local au mondial poussent au chaos. Construire un autre avenir impose d’instaurer d’autres rapports entre les hommes en France, en Europe et dans le monde. Pour cela il faut s’attaquer au pouvoir de l’argent sans quoi rien ne changera vraiment.

Il est temps de passer à un nouveau type de croissance à base sociale et environnementale depuis l’entreprise jusque dans les services et les administrations publiques. Il est temps de mettre au service du développement humain les énormes gains de la révolution informationnelle.

Il est temps d’instaurer une nouvelle maîtrise collective de l’argent, du crédit et des banques avec des fonds régionaux et un fonds national pour l’emploi et la formation, avec un pôle public financier et avec une Banque centrale européenne (BCE) dotée d’un fonds solidaire de développement social et écologique pour un euro de coopération. Face à la généralisation de la précarité, une sécurité d’emploi et de formation et l’expansion des services publics sont une urgence.

Face au démantèlement de la démocratie, il y a besoin de nouveaux droits et pouvoirs d’intervention dans les gestions pour les salariés et les citoyens de l’entreprise à la cité. Une nouvelle répartition de la richesse suppose une fiscalité juste et efficace car incitative et des financements sociaux prélevés sur la richesse créée. Voilà de quoi alimenter le débat des communistes et de toute la gauche.


 

 

Sur « Une primaire à gauche »

Clémentine Autain

http://www.regards.fr/web/article/primaire-pour-une-gauche-franche

François Asensi

http://www.regards.fr/web/article/des-primaires-pour-un-nouveau

Pierre Laurent

Le secrétaire national du PCF laisse «la porte ouverte» à une éventuelle participation de son parti au scrutin réclamé par des intellectuels et élus.

Pas forcément emballé, mais pas non plus totalement opposé. Alors que le Parti de gauche adresse une fin de non recevoir à l’appel lancé lundi dans Libération par des intellectuels et des élus de gauche en faveur d’une «grande primaire des gauches et des écologistes», Pierre Laurent s’est montré ouvert à la discussion lundi soir lors de ses voeux depuis le siège du parti, place du Colonel-Fabien à Paris.

«Certains me disent: primaire. Ce n’est pas ma culture, mais je dis: discutons, échangeons, construisons ensemble», a déclaré le secrétaire national du PCF. «Dans les jours et semaines qui viennent, je multiplierai les contacts, les rencontres, les initiatives. Ma porte est ouverte», a lancé le responsable communiste, se disant «prêt à tout discuter». Pour Pierre Laurent, en 2017, «il faut un candidat de gauche au service du peuple, un candidat porteur d’un projet de gauche pour la France, sur les valeurs de la gauche, qui rompe avec les errements du pouvoir actuel».

 

POUR UNE PRIMAIRE DES PROGRAMMES, Pierre Bousquet NÎMES (GARD)

En ces temps très troublés, il paraît utile d’accepter d’examiner toutes les propositions sans a priori, même si elles paraissent iconoclastes. En voici donc une. Tout au long de l’année 2016, nous allons subir une énorme pression (on sait ce qu’ils sont capables de faire médiatiquement) pour rassembler toute la gauche derrière le président sortant avec le chantage à l’extrême droite. Plus que jamais, nous risquons d’avoir l’impossibilité de débattre de programmes pour l’élection présidentielle et de n’avoir aucun espace politique à la gauche de François Hollande. Pour empêcher ce scénario diabolique, nous pouvons nous servir des institutions en les détournant. Par exemple, en organisant une primaire, non pas des personnes candidates, mais des programmes de la gauche alternative et écologique. Certes, ces programmes devront être portés par des femmes et des hommes (Mélenchon, Laurent, Duflot, Autain, Besancenot, Hamon, ou d’autres, peu importe), mais cela permettra un débat de fond et une dynamique pour rendre crédibles l’alternative à gauche et la possibilité d’une candidature commune. On peut rejeter ce type de proposition d’un revers de main en disant que nous n’avons pas à nous fondre dans des institutions et pratiques antidémocratiques ; on peut aussi répondre que l’on ne fait pas de politique hors sol, qu’une initiative politique exceptionnelle est nécessaire et que « fou qui fait le délicat quand le blé est sous la grêle » !

 

Appel pour une primaire à gauche : un débat nécessaire
 Par François Calaret, Ingrid Hayes, Pierre Khalfa. Ensemble !

Le journal Libération a publié dans son édition du lundi 11 janvier 2016 un appel intitulé « Pour une primaire à gauche » signé par de nombreuses personnalités de gauche et écologistes (Thomas Piketty, Daniel Cohn-Bendit, Yannick Jadot, Michel Wieworka…)

> Cette initiative est le signe de l’illégitimité du président de la République à représenter aujourd’hui les valeurs de la gauche.

> Elle témoigne de la recherche multiple de moyens de faire émerger une nouvelle offre politique qui permettent de sortir de la résignation et du désarroi actuel.

> L’appel publié dans le journal Libération exprime un certain nombre de constats absolument justes :

> la nécessité du renouveau de la politique, de rompre avec les logiques de division, de permettre l’implication des citoyens et de tous ceux qui ne sont pas habituellement associés aux décisions…

> Mais il exprime également l’illusion qu’à l’issue du quinquennat de François Hollande et de Manuel Valls qui a mené une politique ouvertement libérale et sécuritaire,  toute la gauche pourrait se rassembler.

> Le texte de l’appel affirme ainsi

« Nous avons une conviction : la primaire des gauches et des écologistes est la condition sine qua non pour qu’un candidat représente ces forces à l’élection présidentielle en incarnant le projet porteur et bienveillant dont la France a besoin ».

Mais comment aujourd’hui François Hollande ou Manuel Valls pourrait ils représenter politiquement le Front de gauche, les écologistes et les milliers de syndicalistes qui combattent au quotidien la politique du gouvernement ?

Réciproquement, comment un candidat du Front de Gauche, d’EELV ou issu du mouvement social pourraient-ils prétendre représenter l’orientation politique défendu par Manuel Valls et François Hollande ?

La nécessité du combat contre la droite et l’extrême droite ne peut effacer les débats qui traversent la gauche et qui se sont accentués ces dernières années.

L’appel appelle à la constitution d’une « coalition de projet et un contrat de gouvernement ».

C’est une nécessité mais cela suppose de discuter de quel est le contenu de ce projet et de ce contrat de gouvernement.

Aujourd’hui deux dynamiques antagonistes travaillent les forces de gauche et les écologistes.

Celle mise en œuvre par Manuel Valls et François Hollande qui cherchent à construire une alliance avec le centre droit en étouffant les valeurs de gauche.

Et celle des forces au FDG, à EELV, Nouvelle Donne, à la gauche du PS, dans le mouvement social…, aujourd’hui dispersées, qui s’opposent à la politique du gouvernement et qui devraient converger pour offrir une alternative à la politique actuelle.

La confrontation entre ces deux projets est inévitable et nécessaire.

L’existence d’une autre gauche que celle de Valls et Hollande est une condition pour remobiliser les millions d’hommes et de femmes de gauche qui rejettent le pouvoir socialiste et se détournent de la politique.

La convergence des forces qui ne se reconnaissent pas dans la politique du gouvernement est une urgence.

Cela passe par des batailles immédiates qui se mènent aujourd’hui contre la déchéance de nationalité et la révision constitutionnelle ou contre la réforme du droit du travail.

Faire échouer le gouvernement sur ces projets ré ouvrirait la possibilité de convergences à gauche.

Cela doit se faire également en travaillant dès maintenant à construire les conditions d’un projet, d’un rassemblement et d’une large désignation de candidat(e)s pour les échéances de 2017, pour proposer une véritable alternative à gauche.

C’est dans ce cadre que la désignation citoyenne d’un(e) candidat(e), d’une primaire, peut faire sens.

Ensemble ! est déterminé à participer à toutes les initiatives qui permettrait de faire avancer cet objectif.

François Calaret, Ingrid Hayes, Pierre Khalfa.


Myriam Martin : A propos de l’appel dans Libé sur les primaires, ma contribution :

Dans Libé du lundi 11 janvier, est parue une tribune pour « une primaire des gauches ».
Prenant acte que la situation que nous connaissons aujourd’hui ne peut perdurer avec ses injustices, ses inégalités, sa crise écologique et démocratique, avec la menace du Front National. Les initiateurs de cet appel font le même constat en proposant un débat « approfondi », des « échanges exigeants » dans le cadre de l’organisation d’une primaire des gauches et des écologistes pour 2017.
On ne peut que partager le constat : les politiques libérales menées par le PS au pouvoir nous conduisent droit à la catastrophe. Pire encore le projet de loi de modification de la constitution avec entre autres la déchéance de nationalité, témoigne de la dérive de l’exécutif dans une fuite en avant sécuritaire voire autoritaire. A tel point qu’une partie importante des élu-es de la majorité ont fait savoir qu’ils et elles ne voteront pas cette loi.
Alors oui les initiateurs ont raison d’expliquer qu’on ne peut pas continuer ainsi, il est d’ailleurs question de « l’impasse » dans laquelle se trouve notre pays. Mais allons au bout de la réflexion, qui nous a amenés dans cette impasse ? Qui en sont les responsables si ce n’est les socialistes au pouvoir ? La tribune telle quelle, implicitement délégitime la candidature de François Hollande, à juste titre. Comment alors proposer que toutes les gauches soient invitées à participer à des primaires communes ?
Au delà de la proposition elle même (les primaires) débattons tout d’abord. Commençons par exemple par le périmètre politique : quel est le cadre du débat ? Répondre avec justice aux enjeux sociaux, écologiques et démocratiques signifie rompre avec des politiques qui creusent les inégalités, agressent notre écosystème commun et éloignent de plus en plus nos concitoyens de la démocratie. Or ce n’est pas le projet du PS au pouvoir. Bien au contraire, sa mue libérale l’éloigne définitivement des principes et des valeurs émancipatrices portées traditionnellement par la gauche. On le voit quotidiennement les orientations de la gauche radicale, écologiste, de transformation sociale sont contradictoires, antagoniques avec celles imposées à l’heure actuelle par le PS au pouvoir. Ces deux orientations sont incompatibles et irréconciliables. La première combat l’austérité, la deuxième à la tête du pays, l’impose à travers des politiques de restrictions budgétaires, de casse du service public, s’alignant sur les positions de Bruxelles.
Alors oui à un débat démocratique de tous les courants de gauche qui veulent bâtir une vraie alternative à la politique de Hollande Valls.
Oui à un débat qui implique le plus de monde possible, et pas seulement les partis politiques, mais aussi les syndicalistes, les militant-es associatifs, les hommes et les femmes simples citoyens qui souhaitent une vraie politique de gauche et qui refusent celles qui sont menées.
Oui à une élaboration commune d’un projet pour non seulement rompre avec les politiques austéritaire mais surtout pour répondre aux urgences sociales, écologique et démocratique. Un projet construit et porté par des centaines de milliers de citoyen-ne-s, un projet politique que des candidatures communes aux élections de 2017 représenteront.
Donnons nous les moyens d’un cadre démocratique, populaire et citoyen d’un débat promouvant l’implication de tous et de toutes, permettant de redonner la parole à ceux et celles qui se battent pour un monde de justice et de solidarité, permettant enfin de redonner foi en la politique.
C’est dans ce cadre que le processus de désignation d’un ou d’une candidate doit s’inscrire. Donnons nous les moyens de débattre démocratiquement avec tous ceux et toutes celles critiques vis à vis du gouvernement, afin de poser les jalons d’un projet émancipateur, porteur d’espoir à gauche.
Myriam Martin, conseillère régionale Languedoc Roussillon Midi Pyrénées, porte parole nationale de Ensemble !

 

Gérard Mordillat, romancier et cinéaste

Danielle Simonnet crie : “Salauds !” à l’adresse de ceux qui ont condamné les syndicalistes de Goodyear à vingt-quatre mois de prison, dont neuf ferme. Quand l’ignominie atteint un tel degré, quand il ne reste que ruines et décombres de justice, reste l’injure, et Danielle Simonnet frappe juste au coeur de la cible… Salauds ! Cependant, comme l’enseigne la sagesse des nations, “à toute chose malheur est bon”, la condamnation des syndicalistes de Goodyear règle d’une certaine manière la question de la primaire à gauche : messieurs Hollande, Valls et tous les membres du gouvernement ­ je dis bien tous ! ­ sont définitivement disqualifiés pour y participer. Aucun d’entre eux ne peut se revendiquer “de gauche” ; une gauche et ses valeurs qu’ils vilipendent, qu’ils déshonorent, qu’ils insultent par le verbe et par les faits. Si le coeur leur en dit, ils peuvent toujours se mêler à la primaire de droite, où ils retrouveront leurs amis, leurs complices et pourront célébrer en choeur l’entreprise, le Medef, la déchéance nationale, les racines chrétiennes de la France, la terre qui ne ment pas, l’État fort à la sauce mussolinienne, la persécution des syndicalistes, des étrangers et de tous les opposants à leur vision ultralibérale, voire néofasciste du monde. Inutile de tourner autour du pot, le gouvernement actuellement au pouvoir, ses soutiens, ses hérauts ne sont pas “de gauche“, c’est un gouvernement ultralibéral, défendant les intérêts patronaux, les actionnaires et les spéculateurs. Leurs ennemis ne sont pas “la finance” mais la classe ouvrière et ses représentants, le peuple tout simplement : salariés, chômeurs, précaires, intérimaires, bénéficiaires du RSA, etc., sans distinction d’origine, de statut ou de nationalité. C’est à se demander si monsieur François Le Pen (comme l’appelle le journal italien Il Manifesto) et son Manuel Lavalls ne veulent pas entrer dans le livre Guinness des records comme ayant conduit le gouvernement le plus réactionnaire depuis la fondation de la Ve République ? Les preuves sont accablantes, inutile d’en dresser la liste, elles sont connues de tous, même si les médias s’emploient à dissimuler les interpellations, les assignations à résidence de militants écologistes, antiracistes, syndicalistes, la persécution des Roms, des sans-papiers, des grévistes, qu’ils soient de Goodyear, d’Air France, de Continental ou d’ailleurs, la ruine des services publics, la destruction annoncée du Code du travail, etc. La coupe est pleine. De deux choses l’une : ou les membres du Parti socialiste qui font la même analyse que nous (et il y en a, n’est-ce pas, Gérard Filoche ? N’est-ce pas, Emmanuel Maurel ?) ont le courage de quitter ce camion à ordures et refondent un Parti socialiste avec qui toutes les forces authentiquement de gauche pourront s’allier pour gouverner ou ils continuent ­ au nom de la discipline de parti ­ à soutenir les pendus du gouvernement et il n’y aura plus qu’à les renvoyer en bloc aux poubelles de l’histoire. Il est urgent qu’à l’indignation succède l’insurrection, que “le goudron se soulève“, selon l’expression de Frédéric Lordon.
La Commune n’est pas morte. Au plus tard, en 17 (pour le centenaire de la Révolution russe), son cri doit nous réunir : vive la Sociale ! »


et aussi Manuel Bompart


 

AVOIR CONFIANCE EN NOTRE PEUPLE

par Frank Mouly, ancien membre du Conseil national du PCF

Le Front de gauche (FG) est en échec, a-t-on entendu. Certes, mais est-il un échec ? Ce n’est pas encore certain. Mais les appels réguliers à son dépassement dissimulent mal le choix politique d’en finir avec lui. Pourtant, si les conditions politiques ne sont plus tout à fait celles de 2009, les raisons qui ont justifié cette stratégie demeurent d’actualité.

Convenons d’abord que des dizaines de milliers de militants issus de traditions politiques différentes se reconnaissent encore dans le FG.

Les sondages montrent que c’est une référence pour des millions d’électeurs. Les conflits de sommet ne doivent pas masquer ce désir de renouveau et d’unité. Il y a encore beaucoup de commun dans le FG. Cette démarche résulte aussi d’un débat profond au sein de la gauche qui n’a fait que croître depuis 2005.

Le choix du FG est celui de faire évoluer les rapports de forces à gauche, de ne pas s’en tenir à un rôle d’aiguillon mais d’aller vers une logique de large rassemblement anti-libéral. Aujourd’hui encore, l’ampleur des défis sociaux et écologiques, comme la droitisation du PS, rend ce rassemblement indispensable.

Un premier appel à des primaires de la gauche a été rendu public. Il témoigne d’une préoccupation avec laquelle le PCF doit dialoguer. Pour autant, s’engouffrer dans cette logique serait redoutable. Elle nourrit le présidentialisme et l’illusion qu’il suffirait de se débarrasser d’Hollande pour ressusciter la gauche. Elle nous engagerait dans

une course de personnalités, marginalisant la question des contenus. En outre, l’histoire démontre que le score élevé de la ligne Montebourg dans la primaire socialiste n’a pas pu peser sur la ligne libérale du gouvernement.

Et que ferons-nous si en résultait la désignation d’un candidat avec lequel les forces du FG sont en désaccord sur à peu près tout : Europe, dette, services publics… ? Enfin, qui peut croire qu’Hollande ne sera pas candidat, avec rangé derrière lui, l’appareil du PS ? Ce qui nous a conduits à la création du FG, c’est, à la différence de ces jeux politiciens, le choix de bâtir un rassemblement citoyen d’un nouveau type, de ne pas laisser la colère au vote FN, mais surtout de mobiliser sur un projet ceux qui se sont éloignés de la politique. Le potentiel existe encore.

Le tripartisme n’est pas écrit.

L’élection présidentielle aura lieu dans quinze mois. Face à trois candidats libéraux, pense-t-on indispensable que soit porté un véritable projet de transformation sociale, pour résister, et pourquoi pas être présent au second tour, condition pour l’emporter ? Alors, assumons la persévérance d’une orientation stratégique, ne cédons pas à l’affolement que la pression exercée par le FN a pour but de susciter, et prenons des initiatives.

D’abord, il faut d’urgence reprendre le travail collectif au sein du FG. Depuis trois ans, il ne produit plus rien de commun. Les communistes organisent des conventions sur l’industrie, l’Europe, souvent intéressantes. Mélenchon lance son M6R, puis tente avec « la mer » de donner une perspective concrète à une réindustrialisation écologique.

Mais rien de tout cela n’atteint nos concitoyens, car rien n’est porté en commun. Si nous voulons construire une alternative, nous devons dire clairement où nous voulons aller et comment. Nous aurons moins d’un an pour mettre en oeuvre la stratégie validée au congrès. Si nous nous donnons l’ambition de faire émerger une quatrième force, citoyenne, nous devons proposer sans tarder aux organisations du FG de coorganiser des états généraux pour une alternative populaire. Appelons cela comme nous voulons pourvu qu’ils réunissent ceux qui sont prêts à travailler avec le FG, pour une alternative sociale, écologique et anti-capitaliste.

Prenons l’initiative de créer ou de relancer des assemblées citoyennes dans chaque ville de France pour construire cette alternative et se tenir aux côtés de ceux qui sont attaqués : chômeurs, salariés, migrants, militants syndicaux et des libertés. Donnons à ces assemblées des pouvoirs délibérants. Comme d’autres, je suis communiste et engagé dans le FG. Mes identités sont multiples et aucune d’entre elles ne diminue les autres.

Enfin, préparons notre candidature à la présidentielle. Celle-ci ne saurait écarter aucune des personnalités du FG ou d’autres figures citoyennes ou politiques qui pourraient nous rejoindre. Un collectif sera ainsi constitué et parlera en notre nom, car notre candidature doit affirmer son pluralisme et subvertir le présidentialisme. Le ou la titulaire sera in fine choisi par vote citoyen ou pourquoi pas par tirage au sort. Quel meilleur moyen de dire que l’issue n’est pas dans l’homme providentiel ?

Tous les acteurs du FG ont, à cette heure, une grande responsabilité. Les communistes tout particulièrement. Notre rôle est d’avoir confiance dans notre peuple, pas de le redouter.

 

Discutons, suite…

Ce que Podemos dit de l’état de la gauche française (dans Mediapart)           lire sur Mediapart

Daniel Mermet : «Les classes populaires, ce sont aujourd’hui toute cette jeunesse et toute la population issue de l’immigration» Et de quelle gauche parle t’on ?

Jean Rabaté Journaliste honoraire, “UN PROJET DE TRANSFORMATION SOCIALE”

Pierre Khalfa, Coprésident de la Fondation Copernic : “L’avenir de la gauche est en question”

Stéphanie Roza, professeure de philosophie, et Jean-Numa Ducange, université de Caen : “Besoin de radicalité et rôle des mouvements sociaux”

Pierre Mathiot, professeur de science politique, Sciences-Po Lille : “Un chantier idéologique et organisationnel”

Serge Regourd, directeur de l’Institut du droit de la culture et de la communication, Toulouse-I-Capitole : “Le rassemblement et la lisibilité”, sur le mot “gauche

45 % C’EST LE POURCENTAGE D’ÉLECTEURS DU FRONT DE GAUCHE QUI SE SERAIENT ABSTENUS LORS DU PREMIER TOUR DES RÉGIONALES.

Philippe Noguès, député socialiste, franchit le pas en quittant le PS.

«Le PS s’est droitisé, je suis resté fidèle à mes convictions»

Entretien par FRÉDÉRIC DURAND
« AUJOURD’HUI, LE PS EN TANT QUE STRUCTURE N’EST PLUS DU TOUT EN MESURE DE RASSEMBLER L’ENSEMBLE DES FORCES DE GAUCHE », ESTIME LE DÉPUTÉ DU MORBIHAN.

Philippe Noguès est le premier député socialiste à franchir le pas en quittant le parti. Selon lui, ses amis frondeurs dépensent « une énergie extraordinaire », pour aucun résultat au final. Parce que « le parti de Jaurès est devenu le parti de Manuel Valls et Emmanuel Macron ».

VOUS VENEZ DE QUITTER LE PARTI SOCIALISTE, QUEL A ÉTÉ L’ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR ?

PHILIPPE NOGUÈS C’est une décision mûrie de longue date. Depuis qu’on avait monté ce mouvement des frondeurs, je disais à mes camarades que je croyais peu à la possibilité de faire bouger les choses de l’intérieur. J’ai voulu jouer le jeu jusqu’au congrès. Le congrès a donné les résultats que j’attendais, avec la prédominance de son légitimisme d’appareil… Ensuite, la loi sur le renseignement, la loi Macron et l’utilisation du 49.3 ont été la goutte d’eau qui a fait débordé le vase. De toute façon, je serais parti avant la fin de l’année.

VOUS DISCUTEZ AVEC D’AUTRES PARLEMENTAIRES PS, QUE DISENT-ILS ?

PHILIPPE NOGUÈS Nombre d’entre eux par-tagent mes convictions et le constat que l’on ne mène pas du tout la politique pour laquelle nous avons été élus. Je pense que quelques-uns vont me rejoindre, mais il faut comprendre que, pour beaucoup, l’attachement au Parti reste très fort, et franchir le pas leur est extrêmement difficile. Malgré tout, si nous étions assez nombreux pour former un groupe au Parlement, je pense que ce serait un acte symbolique important.

C’EST VOTRE OBJECTIF ?

PHILIPPE NOGUÈS Non, ce n’est pas le premierobjectif. Je veux surtout redonner aux citoyens le goût de la politique. Pour ça, il faut partir des territoires, parce que la création d’un énième parti groupusculaire ne me semble pas de nature à faire progresser la gauche. Dans mon territoire, je vais essayer de nouer des contacts. D’abord, avec les forces politiques, mais aussi lancer des initiatives sur les projets de ma circonscription et de mon département, parce qu’il faut initier un grand rassemblement qui aille au-delà des partis.

IL Y A DES RÉACTIONS CONTRASTÉES À VOTRE DÉPART…

PHILIPPE NOGUÈS Oui, je reçois énormément de messages de soutien depuis deux jours, mais aussi des messages plus sévères. Principalement, certains me reprochent de trahir le PS : « Vous avez été élu par des socialistes… » Moi, je réponds que si trahison il y a, ce n’est pas Philippe Noguès, le député, qui trahit. Car je considère que je suis resté fidèle à mes convictions, aux projets que l’on avait ensemble, à mes valeurs. Mais le PS, lui, s’est droitisé, social-libéralisé, et n’a plus rien à voir avec le parti de 2012. Il suffit de demander leur avis à nos électeurs et de regarder les résultats, élection après élection… Aujourd’hui, le PS en tant que structure n’est plus du tout en mesure de rassembler l’ensemble des forces de gauche.

VOUS AURIEZ PU VOUS TOURNER VERS LE FRONT DE GAUCHE OU LES VERTS…

PHILIPPE NOGUÈS Quand vous avez milité pendant longtemps dans un parti, pouvoir dire, le lendemain de votre démission, que vous allez adhérer à tel ou tel autre, c’est une nouvelle difficulté. Par contre, je pense qu’il faut que nous ayons des discussions, mais je crois aussi qu’il faut dépasser les partis. Ce système est épuisé et, pour réussir, il faut à tout prix ramener les citoyens à la politique.

DU COUP, FRANÇOIS HOLLANDE NE SERA PAS VOTRE CANDIDAT EN 2017 ?

PHILIPPE NOGUÈS Je me vois assez mal aujourd’hui défendre la candidature et faire la campagne de François Hollande après avoir combattu sa politique pendant cinq ans. Même si, malheureusement, on a du mal à voir émerger, pour l’instant, un candidat de gauche crédible pour 2017.

AVEZ-VOUS UN MESSAGE À ADRESSER AUX FRONDEURS QUI RESTENT AU PS ?

PHILIPPE NOGUÈS Nous avions un dîner, mardi soir, je leur ai dit, certes un peu sur le ton de la plaisanterie: « Je vous lance un appel, rejoignez moi! Le parti de Jaurès est devenu le parti de Manuel Valls et Emmanuel Macron, et je ne crois plus qu’on soit capable de le réformer de l’intérieur. Il est tombé du mauvais côté de la force… » Emmanuel Maurel, Laurent Baumel et bien d’autres dépensent une énergie extraordinaire pour quel résultat? Gagner 4 ou 5 % en interne et, au final, ça ne change rien! Je crois qu’il faut qu’on se réunisse avec le Front de gauche et les écologistes pour repenser ensemble une refondation de la gauche, et pas forcément sous une forme similaire à celle des partis classiques…

La “gauche populaire” ?

Le tiers-parti est la « gauche populaire »

Le pouvoir au peuple ? Comment fédérer en bas ?

JacqueBidetJacques Bidet, Philosophe
Gauche alternative ou gauche de transformation sont des appellations par défaut, sans contenu défini. Nulles. Gauche de gauche ou gauche radicale redoublent la confusion. Pour savoir quel nom doit être le nôtre, il nous faut être clairs sur notre projet.

S’il s’agit d’en finir avec la domination de classe, partons d’une analyse de classe. La structure de classe clive la société en deux : entre le peuple dans son grand nombre et une minorité oligarchique, qui est à la fois dominante et, comme dit Gramsci, « dirigeante ». Elle domine par un monopole de propriété concédée, sous la houlette du capital financier. Elle dirige à travers un monopole de compétences appropriées par une soi-disant élite. Elle exerce ainsi son pouvoir à travers deux sortes de privilèges reconductibles, qui se mélangent et convergent, mais conservent un potentiel de divergences. Elle articule deux forces sociales distinctes, qui, dans l’arène politique, siègent, l’une, à droite et l’autre, plus ambivalente, plus flexible, à gauche. Au sein du peuple, et c’est ce qui le définit, il n’y a pas de privilèges, mais des acquis, fruits de luttes séculaires. Mais ces acquis, toujours à reconquérir, sont inégalement partagés selon que l’on appartient ou non à des professions ou générations où l’on s’est trouvé en mesure de les défendre. La gauche élitaire, aujourd’hui PS, tend à capter les suffrages de la partie du peuple la mieux pourvue, avec laquelle elle peut tisser des connivences autour de réseaux de protection et d’ascension sociale. La droite, elle, exerce son emprise sur ceux surtout qui n’ont pas les moyens de s’y projeter. Et le FN en est l’avatar menteur qui peut s’afficher quand elle a phagocyté son partenaire de gauche. Quant au parti du peuple, il se donne dans une constellation d’organisations, syndicats, associations, mouvements et rebellions (sociales, culturelles, écologiques, de sexe et de migration), représentative d’une gauche populaire, distincte de la gauche élitaire. Il ne pourra faire reculer le pouvoir néolibéral qu’en rassemblant un puissant bloc opposé, une gauche dont il sera le pôle hégémonique : une longue lutte. Il recrute pour l’essentiel ses militants dans des couches sociales qui préservent encore quelques acquis. Il restera impuissant s’il ne va pas vers l’autre moitié du peuple, la plus dépourvue et la plus jeune. Quelle est donc la forme politique qui convient à ce combat de classe, à la stratégie du peuple des sans-privilèges ? L’histoire du Front de gauche montre qu’il existe un ensemble d’organisations politiques capables de se fédérer. Mais son slogan porteur, « Le pouvoir au peuple ! », n’a pas la moindre chance d’être entendu s’il ne commence pas par se l’appliquer à lui-même.

La fédération au sommet doit se réaliser en bas, au ras de la vie des gens, en vraies communautés politiques, associant en chaque lieu les adhérents et les sans-carte en collectifs durables démocratiquement constitués et responsables de la lutte politique sur leur espace vécu. Seule une pratique politique en symbiose avec une culture d’association et d’intervention pourra donner au mouvement sa consistance unitaire, de bas en haut. Si cette analyse est juste, le nom qui convient à ce tiers-parti est celui de gauche populaire.

Chantiers d’espoir

Cet appel et le processus qu’il initie sont nés de l’urgence de reconstruire une perspective commune face aux inégalités qui explosent, à la stigmatisation, au déclassement et à l’abandon organisé de franges entières de la population…

Comment un Président élu avec la force de 17 millions de voix a-t-il pu mettre en œuvre une politique qu’il dénonçait hier ? Comment une partie de la gauche, qui affirmait pourtant un idéal de changement, de progrès social et de justice, a-t-elle pu à ce point tourner le dos aux exigences qui l’ont portée au pouvoir ?

Nous voulons dépasser la résignation et proposons d’échanger pour construire ensemble un autre chemin collectif. Un chemin dans lequel le progrès humain sera possible pour nous, pour les générations futures.

Après l’Appel, le livre

Le 1er juillet 2014, quatorze responsables politiques membres des socialistes affligés, d’EéLV, d’Ensemble!, de Nouvelle Donne, du PCF, du PG, féministes et acteurs du mouvement social, ont exprimé dans une tribune leur inquiétude pour l’avenir de la gauche. Identifiant la politique Hollande/Valls comme principale responsable de l’abstention massive et de la banalisation du vote FN lors des échéances municipales et européennes, ils soulignent l’urgence de la convergence des forces, femmes et hommes partisans de l’alternative politique et de la refondation de la gauche.

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LETTRE OUVERTE à Mme Annick LE LOCH, députée du Finistère

Madame la députée,

La politique que vous défendez est-elle toujours de gauche ???
Nous, Front de Gauche du pays bigouden, nous vous soutenons que NON !

Vous voici donc à mi-mandat, si tant est que notre pays puisse être encore gouverné de cette façon jusqu’à l’échéance de 2017.

Nous vous avons élue pour mettre en œuvre une politique de gauche conformément à nos attentes.

L’adversaire c’est la finance” proclamait François Hollande au Bourget ! Mais au lendemain même de son élection, le Président de la République tournait le dos à toutes ses promesses électorales. Par votre attitude politique constante, vous lui avez emboîté le pas. Aujourd’hui, le choix de cette politique libérale clairement exprimé par Manuel Valls conduit notre pays droit dans le mur. Les chiffres du Secours Populaire et des Restos du cœur parlent d’eux même. Le chômage, les inégalités sociales augmentent faisant des ravages dans les familles les plus pauvres. La colère qui gronde se traduit par l’abstention mais aussi par des votes au FN.

Pourtant, vous accompagnez sans réserve ni hésitation, un gouvernement affaibli, sanctionné à chaque élection :

  • Février 2012, vous refusez de rejeter le Mécanisme Européen de Stabilité –MES- concocté par Sarkozy et Merckel et approuvez en permanence les transpositions pour notre pays des directives européennes, décidées de façon non démocratique à Bruxelles.
  • Octobre 2012 vous acceptez le traité européen – Pacte budgétaire- alors même que le candidat Hollande affirmait, qu’il était néfaste et promettait de le renégocier.
  • Mars 2013 vous votez pour l’accord national interprofessionnel (ANI) qui bouleverse le Code du Travail et la protection des salariés, cet accord scélérat dicté par les patrons du MEDEF.
  • Octobre 2013, vous votez pour cette réforme des retraites aberrante qui va pénaliser surtout les jeunes et les femmes, qui plus est incompréhensible quand tant de chômeurs cherchent un emploi.
  • En 2013 toujours, vous défendez la loi Bachelot, mais ne soutenez pas la population qui se bat pour conserver les services de chirurgie de son hôpital de proximité. La pétition du collectif, signée par des milliers de personnes ne vous interpelle même pas.
  • Septembre 2014, continuant de soutenir cette politique austéritaire, vous votez la confiance au gouvernement Valls qui propose une politique que même la droite la plus dure n’aurait osé mettre en œuvre.
  • Aujourd’hui, vous votez pour le budget 2015 alors que même dans les rangs de votre parti nombreux sont ceux qui reconnaissent qu’il est injuste et aggravera la situation du pays.
  • Vous approuvez sans état d’âme la dérive belliqueuse de votre président qui engage sans débat notre pays dans des opérations guerrières.

Le Front de Gauche dénonce le Traité Transatlantique –TAFTA- qui se prépare en catimini. Nous devinons déjà votre comportement face à ce texte qui prévoit de livrer notre pays et l’Union européenne aux intérêts des multinationales américaines.

Aujourd’hui, Madame la députée, vous représentez la « deuxième droite » de notre pays et en cela vous nous avez trahis.
Sachez que n
ous ne vous avions pas élue pour cela !

Avec nos salutations.

Le Front de Gauche du Pays Bigouden

Débat : la gauche de la gauche doit prendre le drapeau de la novation, par R.Martelli

Roger Martelli, PCF. « La gauche de la gauche doit prendre le drapeau de la novation »

Un Parti socialiste en crise et un Front de gauche qui n’atteint pas ses objectifs. Une UMP au bord de l’implosion et un FN qui remporte plus de 24% des suffrages aux dernières élections européennes. La semaine écoulée aura marqué la vie politique française. « Nous sommes effectivement dans un moment clé pour la gauche qui est fidèle à ses valeurs fondatrices » relève l’historien Roger Martelli pour qui il y a urgence à « inventer sur le terrain de l’initiative politique ».

La Marseillaise. Une semaine après le scrutin européen, quel regard portez-vous sur ces élections qui ont vu en France le FN arriver en tête ?

Roger Martelli. Le résultat a constitué un choc, mais n’est pas une surprise. Les élections municipales avaient donné un signal d’alarme. Il n’a pas été entendu par le pouvoir socialiste qui a décidé de poursuivre sa voie sociale-libérale. Or elle ne peut produire que du mécontentement, qui prend davantage la forme du ressentiment que celle de la combativité. Les électeurs se sentent floués, les catégories populaires méprisées. De fait, cela nourrit une amertume qui, l’histoire l’a toujours montré, favorise l’abstention d’un côté et les tentations des solutions courtes de la droite extrême de l’autre. Voilà pourquoi la gauche française a enregistré son plus mauvais résultat depuis que le parlement européen est élu au suffrage universel direct, c’est à dire depuis 1979. Cela ne peut qu’interroger.

La Marseillaise. Interroger… Mais dans quel sens ?

Roger Martelli. Le recul des partis de gouvernement dit d’abord l’ampleur du discrédit du monde politique institutionnel. Gauche et droite donnent l’impression d’un système autiste, sourd aux angoisses et aux attentes du pays. Pour la gauche, ajoutons que sa panne électorale apporte une confirmation : elle est désarçonnée par le choix social libéral du PS. La gauche est structurée historiquement autour des valeurs d’égalité et de démocratie, et ce choix l’en éloigne. De ce fait, elle écarte ceux qui, en bas, se sentent abandonnés par elle. A cela s’ajoute, une troisième remarque : le discrédit des équipes au pouvoir ne profite pas en France à la gauche de la gauche. Avec 6,4%, le Front de gauche récupère tout juste son résultat de la première élection à laquelle il avait concouru en 2009. Même en se démarquant du PS, la gauche dite radicale n’a pas obtenu en France la poussée qu’elle a réalisée dans d’autres pays, comme la Grèce ou le Portugal.

La Marseillaise. Vous évoquez le discrédit de la gauche et de la droite de pouvoir au moment même où la classe politique traverse une crise importante. Quelle est la portée de cette crise selon vous ?

Roger Martelli. Pour la mesurer, pas besoin de découvrir la lune. La racine de la crise politique s’installe au début des années 80, au moment où le PS de Mitterrand aborde le tournant de la rigueur. A partir de là s’engage un phénomène qui touche successivement la gauche puis la droite et qui se traduit par le fait que, face à la pression néo-libérale des marchés, la puissance publique a tendance à démissionner. On ne peut pas, nous dit-on depuis au moins trois décennies… Comment s’étonner alors, si les électorats de gauche comme de droite se sentent trompés par ceux dont ils attendent des résultats ? Si la politique renonce à se donner les moyens de peser sur l’ordre économique, la crise politique restera notre horizon. Mais il ne suffit pas pour autant de se dire : réglons la crise économique et sociale et la crise politique va se dénouer. Car le politique ne trouvera pas les moyens de ses missions, s’il ne change pas sa propre façon de faire. En fait, c’est une double rupture qu’il faut penser et conduire simultanément, du côté des grandes logiques économico-sociales et dans l’espace politique lui-même. Les institutions et les structures politiques en général ne sont plus adaptées aux exigences d’implication citoyenne des individus.

La Marseillaise. Cela signifie qu’il est temps de réformer les institutions ?

Roger Martelli. C’est une évidence. Depuis la fin des années 70, la « gouvernance » domine la vie publique dans tout le monde dit occidental. Tout est parti, dans les milieux dirigeants de l’époque, de la conviction que la démocratie s’essoufflait et que la lourdeur des institutions rendait difficile la prise de décision. À partir de là, s’est déployée l’idée selon laquelle doit être mis en place un système plus performant. La « gouvernance » repose sur le tête-à-tête entre les pouvoirs publics et une élite, fondée sur la compétence économique liée l’argent et sur la compétence technique, celle la technocratie. Ce système restreint était censé permettre de gérer les sociétés modernes et de faire face aux difficultés et en particulier à la crise prévisible. Eh bien, c’est cette gouvernance qui aujourd’hui est au cœur de tout le système international et qui aboutit au fait qu’à l’échelle planétaire, quelques milliers de personnes dirigent, en passant par-dessus les instances démocratique, les parlements, les États… C’est cette même gouvernance qui régit l’Union européenne  et, de fait, c’est elle qui fonctionne dans les États nationaux. Or ce système oligarchique est le ferment de la crise démocratique. C’est donc un mode forclos de gestion des sociétés. La complexité du monde exige non pas moins, mais plus de démocratie, à partir de son fondement historique même : le pouvoir du peuple par le peuple, pour le peuple. C’est dire que le réalisme démocratique est maintenant du côté de la rupture. En mettant une ONU profondément transformée au cœur de la délibération et de la décision planétaires. En faisant de l’Union européenne un espace de citoyenneté véritable, appuyée sur l’implication directe des individus et sur celle de leur représentation parlementaire, nationale et continentale. Et, à l’échelle nationale, en mettant en place une 6e République qui ouvre chez nous une ère nouvelle de la démocratie.

La Marseillaise. Une nouvelle ère et une nouvelle façon de faire de la politique ?

Roger Martelli. La gauche, et surtout celle qui reste fidèle à ses valeurs fondatrices, d’égalité, de liberté, de justice et de démocratie, est à un moment clé. Un certain nombre de séparations historiques entre l’économique, le social, le politique et même le culturel sont en train de devenir contre-productives. Le monopole de l’action et de la décision politiques attribué aux partis vieillit. Les partis gardent certes un rôle très important, mais le plus décisif est d’inventer des formes qui démultiplient l’implication citoyenne et qui cassent la logique de la spécialisation et de la professionnalisation. Tout ce qui dépossède les individus eux-mêmes des choix qui conditionnent leur destin est à rejeter. C’est la clé première pour retrouver le lien avec les catégories populaires. On a raison de dire que le premier parti ouvrier est aujourd’hui celui des abstentionnistes. Et quand il s’agit malgré tout de voter, la tentation du vote FN est bien là en milieu populaire. On ne rompra pas cette mécanique infernale avec les méthodes d’hier, sans inventer une nouvelle manière de créer de l’implication politique, en suscitant le désir d’agir politiquement. Le système classique veut que l’association s’occupe exclusivement de l’objet pour lequel elle est créée, que le syndicat s’en tienne aux intérêts matériels de ses mandants et que le parti s’occupe de politique. La distinction des fonctions garde bien sûr de sa rationalité. Mais des passerelles doivent être créées pour construire ensemble du projet politique. Cette question est particulièrement cruciale à la gauche de la gauche. Elle concerne le Front de gauche.

La Marseillaise. De son côté, le PCF a appelé à « un processus de dialogue et de travail  » avec « l’ensemble des forces de gauche »

Roger Martelli. Il ne peut y avoir de changement dans ce pays sans rassemblement majoritaire. Par définition, le Front de gauche a vocation à s’élargir vers des forces qui jusqu’à présent ne se sont pas engagées dans la bataille avec lui. Mais on ne peut pas s’en tenir à l’ouverture vers des organisations politiques. La question n’est pas de reconstituer une union de la gauche à l’ancienne, telle qu’elle a fonctionné dans les années 60/70 et dont on a vu les limites. Pour une part, jusqu’à présent, le Front de gauche a été un cartel d’organisations. Cela a certes permis de rompre avec l’éparpillement qui dominait dans la gauche de la gauche jusque-là. Mais cela ne suffit plus. Si le Front de Gauche n’est qu’un cartel, il restera dans une position subalterne face au social-libéralisme. Il doit donc franchir une étape supplémentaire. Le Front de gauche comprend des formations politiques qui ont décidé de conserver leur identité et il faut respecter ce choix. Mais il doit aussi devenir une structure citoyenne directe. Plus qu’un ajout incessant d’organisations, il doit être un creuset dans lequel des individus peuvent se retrouver, quelle que soit leur pratique collective dominante, syndicale, associative ou politique, qu’ils se recon- naissent ou non dans un parti.

La Marseillaise. Ses résultats au scrutin européen ont donc montré ses limites ?

Roger Martelli. Je le pense. L’ouverture vers des pratiques, des sensibilités, des cultures nouvelles de la critique sociale sera la condition d’un nouvel élan du Front de gauche . Et pour cela, deux pistes sont à explorer. La première découle de ce qui précède. Un Front réduit à un cartel de partis, qui plus est dominé par deux d’entre eux, c’est le risque quasi inévitable de passer du tête-à-tête au face à face. Il faut ainsi des formes qui permettent aux partis d’être à l’aise, et aux individus de se sentir décideurs, même s’ils n’appartiennent à aucun parti. Mais cela ne suffit pas. Si le mécontentement populaire ne se transforme pas en combativité, c’est par carence d’avenir. Quand on a l’impression qu’il n’y a pas d’alternative, quand l’imaginaire du changement est en panne, il ne peut y avoir que du ressentiment. Il faut donc que la gauche de la gauche incarne une alternative de société. Mais pour cela, elle doit prendre le drapeau de la novation. Les jours heureux ne sont pas dans le rétroviseur… La gauche de la gauche, ce n’est pas simplement une gauche qui, parce que le PS a trahi ou a renoncé à des valeurs, se présente comme la gauche « du retour à ». Elle doit apparaître comme une force de novation sur le terrain du projet, sur la méthode pour faire société, sur la manière de vivre ensemble, de créer de la richesse… Sur le terrain, enfin, de la façon moderne de faire de la politique et de faire vivre les institutions. On ne peut pas laisser l’image de la novation aux forces qui la contredisent comme le FN qui s’est créé une image frelatée de modernité au travers du mythe Marine Le Pen. La modernité, ce n’est ni les forces de la régression sociale, ni celle du social libéralisme. Il faut redonner à l’innovation, à la novation leur légitimité démocratique. Et pour cela le Front de gauche se doit d’être, mais également d’apparaître novateur dans son projet dans ses mots et sans doute aussi dans ses incarnations. Prenez le cas d’Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale grecque. Voilà un bel exemple d’une figure à la fois radicale, qui exprime le besoin d’une rupture avec la réalité dominante, et qui en même temps incarne par ses mots, son style, sa façon d’être, une véritable novation démocratique. Voilà qui ne fonctionne pas si mal en Grèce. Pourquoi cela ne marcherait-il pas chez nous ?

Entretien réalisé par Sandrine Guidon (La Marseillaise, le 1er juin 2014)


Débat : Non aux alliances avec le PS, par Bernard Berrou, Penmarc’h

Non aux alliances avec le PS !

par Bernard Berrou, Front de gauche Penmarc’h

Les résultats de dimanche 25 mai 2014 constituent un événement historique, C'est le début d'une période de turbulences dont les conséquences, hélas, ne sont pas mesurables, mais pourraient être terrifiantes à moyen terme

Malheureusement c'était prévisible. 

J'affirme que le Front de gauche est en partie responsable de la montée du front national pour n'avoir pas su se démarquer à temps du PS, affirmer son identité propre et gagner la confiance du monde du travail. Et ce n'est pas l'attitude cabotine de Mélenchon jouant les chiens battus d'un lyrisme trop excessif pour être vrai, qui changera quelque chose. La moitié des travailleurs votent pour le FN alors que le Front de gauche ne décolle pas. Pourquoi ?

Dans l'esprit de millions de travailleurs, la confusion règne puisque les forces progressistes de gauche et le PCF continuent à faire liste commune avec le PS, comme ce fut le cas aux élections municipales à Paris…à Penmarc'h… et dans une quantité d’autres villes. Ces alliances de circonstances étaient justifiées il y a vingt ou trente ans, plus du tout aujourd'hui.

En définitive, c'est quoi aujourd'hui le parti socialiste? Le bilan est sans conteste:
Le PS n'est plus un parti de gauche mais un parti de droite
Le PS  n'a cessé de trahir les électeurs des masses populaires depuis 1981.
Le PS n'a ni la volonté ni la capacité d'affronter l'économie libérale.
Le PS est une coquille vide qui n'a plus rien de socialiste.
Le PS a récusé depuis longtemps la lutte des classes.
Le PS ne fait rien pour lutter contre les paradis fiscaux
Le PS n'est que démagogie, mensonges et promesses vaines
Le PS ne cesse de ruiner et disloquer les services publics  (hôpital, éducation…)
Le PS achève les dernières lueurs d'espoir des travailleurs pauvres et des chômeurs. 

Pour faire barrage au front national, le front de gauche doit affirmer haut et fort qu'il n'a absolument rien de commun avec le PS et les ministres du gouvernement Hollande. En décidant courageusement qu'il n'est plus question de la moindre liste commune avec le PS, le front de gauche pourrait alors devenir crédible et attirer à lui l'électorat populaire pour dire qu'il y a une alternative, que ce n'est pas la fin de l'histoire, que la désespérance ne doit pas se porter vers le vote FN, mais par une adhésion massive aux forces progressistes de la vraie gauche.

Le front de gauche ne peut plus continuer à être à la fois critique et allié de circonstances d'un PS qu'il faut plus que jamais affronter pendant qu'il est encore temps.

Bernard Berrou, Penmarc’h, le 28 mai 2014


P.Laurent sur France Info : Hollande est minoritaire à gauche

Invité vendredi 24 de France Info, Pierre Laurent, le secrétaire national du parti communiste a réaffirmé qu'il ne voterait pas la confiance au gouvernement sur le pacte de responsabilité. Et il assure que François Hollande est aujourd'hui "minoritaire dans la gauche". Avant de lancer un appel au rassemblement de tous ceux qui pensent comme lui.

http://www.dailymotion.com/video/x1a801j_pcf-hollande-est-minoritaire-a-gauche_news
 

"Moi je crois que François Hollande aujourd'hui est minoritaire dans la gauche. Et minoritaire parmi ceux qui l'ont élu en 2012. Mes alliés, ils sont dans toute la gauche française. J'appelle les socialistes, les écologistes, les syndicalistes qui se reconnaissent dans les valeurs de gauche, tous les citoyens de gauche à se rassembler…" affirme le patron du PCF.

Et il est catégorique : "Vous verrez, nous ne serons pas seuls à dire ce que nous disons sur le pacte de responsabilité". 

Et Pierre Laurent répète qu'il ne votera pas la confiance au gouvernement quand le pacte de responsabilité arrivera à l'Assemblée nationale. Car ce pacte donne "à nouveau des cadeaux énormes au patronat. Et pour lequel il n'y a pour le moment aucune contrepartie en matière d'emploi", seulement des "mots ronflants"

http://www.dailymotion.com/video/x1a801j_pcf-hollande-est-minoritaire-a-gauche_news


Tribune de Patrice Cohen-Seat

Tribune. "Il faut mener une confrontation exigeante avec le Parti socialiste" (par Patrice COHEN-SEAT, Président d'Espaces Marx)

 
Comment assurer le meilleur avenir possible pour le Front de gauche ?
 
 Il y a des moments où une force politique doit être à la hauteur de l’enjeu. C’est le cas. La France et même l’Europe sont dans une situation politique catastrophique. Les peuples s’enfoncent dans la crise. Droite et gauche paraissent aussi peu capables l’une que l’autre de trouver des solutions(…) Le Front de gauche est dans notre pays le seul espoir d’enrayer cette mécanique infernale. À condition, toutefois, qu’il sorte de sa « maladie infantile » et se décide à se hisser au niveau de son rôle historique.
 
Les partis sociaux-démocrates courent après la droite, qui galope elle-même derrière l’extrême droite. Celle-ci pourrait arriver en tête l’an prochain aux européennes dans un pays comme la France : ce serait un énorme séisme politique. Déçu et en colère, le peuple de gauche est aux abonnés absents. Et la gauche d’alternative n’arrive pas à capter ce mécontentement et prendre le relais. Le Front de gauche est dans notre pays le seul espoir d’enrayer cette mécanique infernale. À condition, toutefois, qu’il sorte de sa « maladie infantile » et se décide à se hisser au niveau de son rôle historique.
 
Car l’enjeu est historique. Tournant le dos à ses lointaines origines de classe, le PS a repris un chemin qui, sauf au moment du Front populaire, avait déjà conduit ses prédécesseurs à rendre impossible l’idée même d’union de la gauche, quand Jules Moch réprimait les grèves dans le sang ou que François Mitterrand couvrait les exactions françaises en Algérie. Et pourtant la SFIO puis le PS ont longtemps conservé l’objectif de rupture avec le capitalisme. Aujourd’hui, ce lien ténu avec le parti de Jaurès a disparu. Incapable d’inventer une conception du socialisme à l’heure de la mondialisation, ce parti se perd dans une fuite aveugle vers la droite. Qui est alors « de gauche » aujourd’hui ? Et quelle doit être la position du Front de gauche vis-à-vis du PS quand son gouvernement applique le traité « Merkozy », continue la chasse aux immigrés et aux Roms et entend « revisiter » le droit d’asile ?
 
Ce n’est pas « bonnet blanc et blanc bonnet » comme on l’a vu avec le mariage pour tous, le projet de réforme pénale, ou même le malaise croissant à l’intérieur du PS et de son électorat. La règle visant au second tour à faire barrage à la droite et à l’extrême droite doit donc s’appliquer ; et l’on peut, en fonction des accords de programme négociés après le premier tour, envisager localement de faire partie de majorités municipales. Mais peut-on sans dommage sérieux, c’est-à-dire sans plonger dans la confusion et dérouter un électorat à la recherche de repères, se présenter aujourd’hui dès le premier tour à des élections politiques (ce qui est le cas dans les grandes villes comme aux régionales, 
et même aux sénatoriales) sur des listes 
dirigées par le PS ? Cela fait trente ans au moins que nous tentons sans succès de « peser » sur le PS afin de le ramener « à gauche ». Jusqu’où faudra-t-il qu’il poursuive sa droitisation pour constater l’échec de cette stratégie et en tirer la conséquence : il faut mener avec lui une exigeante confrontation visant à construire les rapports de forces politiques sans lesquels il est illusoire d’imaginer le faire bouger.
 
Vu la gravité de la situation, il n’est pas certain qu’il ne faille du temps avant que nous ne puissions à nouveau nous faire entendre d’un électorat populaire qui se sent abandonné et a déserté les urnes. Il est donc possible que la confrontation avec le PS ait dans certains cas un coût électoral : on l’a vu aux législatives de 2012, où nous n’avons pas progressé suffisamment, dans les circonscriptions où nous représentions traditionnellement la gauche unie, pour empêcher la défaite de plusieurs députés communistes. Mais les candidats du Front de gauche ont davantage progressé presque partout ailleurs, notamment là où nous étions faibles, témoignant d’une dynamique politique nouvelle. Et déjà, notamment aux européennes de 2010, nous avons commencé d’enregistrer des progrès, y compris en nombre d’élus.
 
Nous devons faire un choix. Ou rester au milieu du gué pour tenter de préserver quelques restes de l’union de la gauche, au risque de devenir illisibles (et on ne voit pas pourquoi, sauf cadeau local du PS, nos positions ne continueraient pas à s’étioler en nous faisant perdre sur tous les terrains) ; ou franchir le pas et nous lancer vraiment dans un développement conquérant du Front de gauche. Et là, nous avons du pain sur la planche. Non seulement pour dépasser les crispations d’appareils, mais surtout pour inventer la gauche d’aujourd’hui. Quelles réponses aux grands défis de notre époque : mondialisation, crise écologique et énergétique, Europe, migrations, impasse du productivisme/consumérisme, etc. ? Sans compter la question clé : comment, dans les institutions et la politique, et singulièrement dans le Front de gauche lui-même, dépasser les pratiques délégataires et mettre réellement les citoyens dans le coup ?
 
Voilà un beau programme de travail si l’on veut donner au Front de gauche le souffle populaire qui lui manque cruellement. Mais il faut le vouloir. Et prendre jour après jour les initiatives sans lesquelles, depuis les élections de 2012, il patine et décourage. Retrouver ainsi le chemin d’une dynamique et l’amplifier sans cesse est la seule façon de se faire entendre des déçus de la gauche, et surtout de rendre espoir aux couches populaires sans lesquelles il n’y a aucun avenir à gauche.
 
Patrice COHEN-SEAT
Président d'Espaces-Marx


Tribune libre par Gérard Mordillat : La gauche de droite est au pouvoir

La gauche de droite est au pouvoir, par Gérard Mordillat

Gérard Mordillat est écrivain et cinéaste (dernier film : Le grand retournement, à voir absolument).

Faut-il faire le distinguo entre socialistes au gouvernement et dans les municipalités ? C’est une constatation cruelle mais c’est une constatation nécessaire: il y a désormais en France deux partis de droite. Un parti à tendance néofasciste, l’UMP à la sauce FN, et un parti néolibéral qui ne porte plus le nom de socialiste que par paresse.           Lire ou télécharger ce point de vue