Bœuf, lait, porc… Pourquoi tant d’exploitants au bord du gouffre ?

Bœuf, lait, porc… Pourquoi tant d’exploitants au bord du gouffre ?

Abattoirs et routes bloqués, lisier et fumier déversés sur les parkings des grandes surfaces… Les producteurs lancent l’alerte depuis début juin. Au total, selon l’INRA, 10 % des exploitations et près de 900 000 emplois indirects sont menacés. Le gouvernement devait annoncer 17 mesures, le 21 juillet. Parmi celles-ci: l’allègement de la dette des producteurs. Décryptage d’une triple crise.
Revoilà la crise. Comme un vaudeville dans les champs.

Dans le jeu de l’offre et de la demande, les producteurs français perdent beaucoup. Les prix payés ne couvrent plus leurs coûts de production. Dans le porc, le prix du kilo était à 1,38 euro, il manque 20 centimes. Le kilo de bœuf est payé 3,15 euros, l’équivalent d’un steak au supermarché. Le lait se vend 300 euros les 1000 litres, il manque 20 euros.

De l’aveu même du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, plus de 22000 exploitants seraient au bord de la faillite. Pourtant, le 18 juin, il paraphrasait le Lionel Jospin de 1999, avec son « l’État ne peut pas tout». En variante Le Foll, ça donnait: « Le ministre doit agir … Mais il ne peut pas régler tous les problèmes. » Jusquelà, pour éteindre le feu, il avait donc sorti … l’arrosoir: limitation des promotions de viande à deux fois par an dans la grande distribution, accord le 17 juin avec la grande distribution pour augmenter de 5 centimes le prix du kilo de bœuf pendant 12 semaines, et de 20 centimes dans le porc. Trois semaines plus tard, l’accord n’a pas été respecté.

CRISE DE SURPRODUCTION
À qui la faute ? François Hollande a lancé un appel à la grande distribution le 18 juillet. Sauf que l’explication est un peu courte. Car c’est aussi la faute à « la concurrence libre et non faussée qui met en concurrence brutale les producteurs des pays européens », rappelle pour sa part Xavier Compain, responsable agriculture du PCF.

Dans le lait, la crise est de surproduction. Avec la sortie du régime

des quotas laitiers le 1 er avril, la production de lait européenne a pu augmenter. Dans cette agriculture libérale, on massifie l’offre. Il faut produire plus pour trouver des débouchés, notamment à l’export.

Et pour être compétitif, il faut baisser les coûts de production. « Les surplus sont destinés à l’export.

Irlande, Pays-Bas, Pologne et Allemagne ont fortement augmenté leur production de lait », explique Josian Palach, de la Confédération paysanne. Mais, en même temps, le marché se rétrécissait. Car la Russie, le premier client de l’Europe de produits laitiers, a fermé ses frontières aux produits agricoles européens à l’été 2014, en rétorsion aux sanctions européennes. « L’autre facteur, c’est le mirage chinois. On nous a vendu que la Chine allait nous acheter du lait, ça ne s’est pas réalisé », continue-t-il. Trop de lait, pas de débouchés, les cours baissent … En en un an, le prix payé aux producteurs a chuté de plus de 15%.

LA GUERRE DES MARGES
Dans la viande bovine, la situation est plus opaque. Qui, des intermédiaires qui détiennent aussi les abattoirs ou des distributeurs, sont responsables ? Sûrement les deux. La guerre tarifaire est violente pour conserver ses marges.

La grande distribution jure pourtant la main sur le cœur que dans les rayons viande la marge est négative. À force de promotions notamment, un choix stratégique qui fait de la viande un produit d’appel pour attirer les clients.

Le porc, lui, n’a jamais été réglementé. Les fournisseurs vont le chercher là où il est moins cher. À ce jeu, l’Allemagne gagne. Le premier exportateur de porcs européen utilise du « personnel détaché » et des normes sanitaires conciliantes pour faire baisser les coûts de production.

Quelles solutions, alors ? D’abord parer au plus pressé. Débloquer rapidement le fonds d’urgence pour donner un peu d’air aux éleveurs. « Il ne faut pas attendre six mois », lance Xavier Compain.

Mais surtout commencer par « encadrer les marges et les pratiques de la grande distribution».
PIA DE QUATREBARBES dans l’Humanité Dimanche du 23 juillet 2015

PRIX DU PORC LA GRANDE DISTRIBUTION TOUCHE PLUS QUE L’ÉLEVEUR
En mai, l’Observatoire des prix et marges rapporte que sur un kilo de porc transformé en charcuterie vendu 10,99 euros en magasin, 3,37 euros revenaient à l’éleveur, 0,93 euro à l’abattoir, 1,71 euro à l’industrie qui le transforme, 4,41 euros à la grande distribution et 0,57 euro pour la TVA.

LE COÛT DE PRODUCTION DE 1 000 LITRES DE LAIT EST DE 320 EUROS ALORS QUE LE PRIX DE VENTE PLAFONNE À 300 EUROS. ALORS, ESPÉRER VIVRE DE SON TRAVAIL…

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