De si confortables pantoufles bruxelloises (ballets des hauts responsables entre la Commission et les Affaires)

Juncker, le patron d'une belle équipe multinationale d'affairistes
Juncker, le patron d’une belle équipe multinationale d’affairistes

Business is business…

Vicky Cann dans le Monde Diplomatique de septembre 2015 nous rappelle comment et par qui l’Europe est gouvernée:

“Saison des transferts dans le quartier européen de Bruxelles. Tandis que les anciens commissaires se cherchent un aménagement de carrière, leurs successeurs font connaissance avec leur poste. M. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a cependant composé son équipe de manière quelque peu déroutante.

Au poste de commissaire à l’énergie et au climat de sa nouvelle équipe, entrée en fonction le 1er novembre 2014, il a nommé M. Miguel Arias Canete, ancien président d’une compagnie pétrolière (Petrogolis Canarias); au poste de commissaire chargé de l’union des marchés de capitaux, M. Jonathan Hill, un ancien lobbyiste au service de l’industrie; au poste de commissaire aux affaires économiques et financières, M.Pierre Moscovici, ancien vice-président du Cercle de l’industrie, un lobby industriel; au poste de commissaire à la recherche, M. Carlos Moedas, ancien cadre à la banque Goldman Sachs; et au poste de commissaire chargé de la justice, Mme Véra Jourova, ancienne conseillère militaire d’un milliardaire tchèque. Les choix de M. Juncker ont été approuvés par les députés européens à l’issue d’un long processus d’auditions qui s’est soldé par l’une de ces tractations discrètes dont les institutions bruxelloises ont le secret. Le Parlement s’est contenté d’obtenir le remplacement de la candidate slovène, Alenka Bratusek, qui n’était plus soutenue par son gouvernement.

Culture de la connivence, échanges de bons procédés et institutions surpuissantes constituent les ingrédients principaux du gâteau bruxellois. Telle une cerise, le conflit d’intérêts trône à son sommet…

Les commissaires figurent parmi les personnalités les plus puissantes à Bruxelles. La Commission élabore des réglementations et des directives qui s’appliquent à cinq cent millions de citoyens européens; un pouvoir bien supérieur à celui des ministres des Etats membres de l’Union. Les lobbys ne s’y sont pas trompés, et Bruxelles est devenue la deuxième capitale du lobbying d’affaires après Washington.

Sur l’autoroute encombrée du “pantouflage”, on circule dans les deux sens. D’un côté de la chaussée, d’anciens dirigeants d’entreprise ou d’organisation patronale migrent vers des institutions publiques, comme la Commission européenne, pour mieux plaider leur cause. De l’autre, d’anciens hauts fonctionnaires vont finir leur carrière dans le secteur privé, auquel ils vendent services et carnets d’adresse…

En 2010, par exemple, l’Allemand Günter Verheugen, ancien commissaire pour l’entreprise et l’industrie, a créé la société de conseil European Experience Company (EEC), en tandem avec son ancienne chef de cabinet, Mme Petra Erler… EEC propose à ses clients de les aider à trouver “la meilleure stratégie pour interagir avec les institutions européennes”… Ancien commissaire au marché intérieur, l’Irlandais Charlie Mc Creevy a rejoint une banque ainsi que les conseils d’administration des sociétés Ryanair et Sentenial. Après son passage au poste de commissaire européen à la protection des consommateurs, la Bugare Meglena Kuneva a été accueillie au conseil d’administration de BNP Paribas…”

Pourtant les anciens commissaires perçoivent de généreuses indemnités: entre 40% et 65% de leur salaire, soit entre 8332 euros et 13540 euros par mois pendant les trois ans qui suivent leur départ. Ces indemnités visant certainement à leur permettre de ne pas se précipiter sur la première offre d’emploi venue et à limiter les risques de conflit d’intérêt…”

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