Demain, un service public maximum ?

Demain, un service public maximum ?

Dans Ouest France Juin 2013, par Maurice Baslé. . Professeur des universités, auteur de « Le budget de l’Etat » (2012. Editions la découverte).

A l’heure où se rendent les arbitrages sur le budget de l’Etat pour 2014, il est deux façons d’aborder la question des services publics : défense, sécurité civile, hôpital, école, collège, lycée, université, transports, accès aux réseaux de services (information, eau, égouts, électricité, Internet…)

La première approche consiste à passer en revue tous les postes de la dépense publique pour la réduire. C’était l’objet de la Révision générale des politiques publiques : mettre en place un nouveau management public de la performance pour couper dans les dépenses et dégraisser jusqu‘a l’os, amaigrir l’Etat, réduire le nombre de fonctionnaires, supprimer leurs statuts spéciaux…

Cet hymne anti-étatique a souvent été a la mode quand la faible croissance économique ralentissait les rentrées d’impôts…(ou bien quand la fraude et les revenus non déclares augmentaient !). Elle semble utile à ceux qui veulent éviter l’impôt.

La seconde approche est « développementaliste » : c’est une approche par la valeur publique, sociétale et économique, des services publics. Elle considère que ces services, nationaux ou locaux, quand ils innovent tout en gardant leur sens politique profond, créent les conditions et l’ambiance favorables à la croissance des entreprises et, plus durablement, au développement des activités domestiques, professionnelles, culturelles et sociales.

Selon ce raisonnement, il n’y aurait pas d'attractivité de nos territoires, pas de « bonne ambiance » pour les entreprises françaises ou étrangères sans sécurité ; sans urbanisme public et sans transports collectifs ; sans contrôle des échanges illicites, chasse aux fraudeurs fiscaux, éducation générale et professionnelle,  exception culturelle, recherche publique de qualité…

Et la liste peut s’allonger : pas de pouvoir d‘attraction sans service public d’information (en,régie directe ou déléguée), sans aides et régulation bienveillante de l’économie sociale et solidaire, sans régulation des liens entre générations…bref, sans tout ce qui tisse des liens sociétaux sur les territoires, même ceux éloignés des technopoles ou des quartiers a la mode.

Se projeter plutôt que regarder dans les rétroviseurs

En résumé : aborder la question du service public par la baisse de la dépense, sous contrainte de réaliser un Etat de droit a minima, est une solution qui conduit au désarmement de l’Etat et à la dérégulation de la société.

Aborder la même question par la demande d’un maximum de services publics utiles au développement de l’ensemble – le tout cependant sous contrainte budgétaire et d’innovation radicale afin d’éviter le gaspillage des deniers publics et de réduire la bureaucratie – conduit à un résultat socialement meilleur.

 Cette deuxième approche développementaliste ne doit pas être réservée aux pays du Sud. Elle doit être celle de l’Union européenne. Les employés et délégués de services publics doivent se projeter dans les besoins de la société de demain et non regarder dans les rétroviseurs.


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