Exilés fiscaux, réflexion par Michel Deléan

EXILÉS FISCAUX: TROP PEU D'IMPÔT TUE L'IMPÔT

Sur MEDIAPART  11 décembre 2012 | Par Michel Deléan

Une antienne néo-libérale voudrait que la masse des assistés et des non-imposés, bref, la France modeste ou pauvre, vive aux crochets de la petite frange riche et replète du pays. Psalmodiée sur tous les tons, elle vise à culpabiliser tous ceux qui vivent chichement (avec le Smic), ou qui survivent à peine (avec le RSA). Salauds de pauvres.

Pendant ce temps, munies de l’absolution des prêtres du marché, grandes et grosses fortunes filent se réfugier dans les paradis fiscaux : Belgique pour les PDG et les rentiers du CAC 40, Suisse pour les vedettes du showbiz et du sport, Grande-Bretagne pour les requins de la finance, Irlande pour quelques écrivains, entre autres destinations.

Qu’un Christian Clavier file à l’anglaise, un Bernard Arnault en Belgique, ou un Gérard Depardieu à la frontière, et l’on entend partout, sur les grands médias, les mêmes experts fiscalistes disserter sur les avantages et inconvénients de ces faux exils, où chacun des expatriés du portefeuille gardera sournoisement un pied en France.

Qu’avant de s’enfuir, tous les exilés fiscaux aient profité du système éducatif, du système de santé, de la protection sociale, des infrastructures et des services publics de leur pays, le nôtre, est une chose aussi connue que leur égoïsme brutalement affiché. Qu’ils veuillent cacher leur tas d’or au moment où la crise fait mal, et où un effort est demandé à chacun ne peut qu’interpeller.

Tout comme le fait, révélé par Mediapart, que l’actuel ministre (PS) du budget ait détenu un compte en Suisse non déclaré pendant plusieurs années : cela s’appelle de la fraude fiscale. Cela est passible d’un redressement, de pénalités, voire de poursuites pénales. Cela pose question sur l’exemplarité d’une certaine caste politique parfois oublieuse de ses devoirs, et encline à ignorer les lois qu’elle promeut.

Il faudra donc imaginer une harmonisation des fiscalités en Europe, et engager une véritable lutte contre les paradis fiscaux, pour ne plus entendre seriner que « trop d’impôt tue l’impôt ». Ce serait plus utile que cette litanie pleurnicharde des vieux acteurs et des vieux patrons qui nous ont quittés pour des cieux plus cléments avec leur coffre-fort.


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