La dette publique: l’effet d’une politique de classe en faveur du capital (un article de Pierre Chevrot dans le journal de la CGT)

 Les politiques d’austérité en France et en Europe sont justifiées par les dettes publiques des Etats.

Effectivement, en 2013, chaque français se retrouve avec une dette de 30 000€ à la naissance. Il est aussi possesseur d’un patrimoine largement supérieur (pour l’instant). Or, en 1973, cette dette n’était que de 881€. Comment en est-on arrivé là?

En 1945, la dette représentait 300% du PIB (Produit Intérieur Brut) de la France, 40% en 1950 et 15% en 1973, pour être de 92% du PIB en 2013.

Il est facile de voir que de 1945 à 1973, la dette de la France a régulièrement baissé malgré la reconstruction du pays et les guerres d’Indochine et d’Algérie. De plus, pendant cette période, la France a augmenté son patrimoine commun de façon importante et constitué des services publics efficaces. En même temps, la part de rémunération du travail a augmenté jusqu’à représenter plus de 70% du PIB.

Depuis, nous avons assisté à un retournement de situation. En effet, 40 ans de cure d’austérité ont rétabli la rémunération du capital, la part du PIB consacrée aux salaires est repassée à 60%, les services publics et la sécurité sociale sont en cours de destruction sans pour autant régler le problème du chômage. De plus le patrimoine national est bradé à vil prix, comme les réseaux autoroutiers ou de télécommunications etc…

En fait, le changement est dû à la loi du 3 janvier 1973 qui oblige l’Etat à se financer par emprunt auprès des banques privées au lieu de recourir à la banque de France comme précédemment. Dès 1973, la première conséquence de cette loi a été la multiplication par 4 des intérêts payés par l’Etat.

Sur les 1 700 000 000 € de dette en 2013, 1 300 000 000 € sont le coût des intérêts générés par cette loi auprès des banques privées.

La charge de remboursement de cette dette et de ses intérêts est le premier poste des dépenses publiques supérieur au budget annuel de l’éducation nationale. La deuxième conséquence de cette loi est la soumission de l’Etat aux grands groupes financiers internationaux.

Par conséquent, la justification des politiques d’austérité qui rongent les emplois, les salaires, les retraites, et tous les services publics n’est que la conséquence de choix politiques faits pour rétablir la rémunération du capital avec pour conséquence l’abandon de l’indépendance nationale et de la capacité d’intervention politique.

En 2005, lors de la campagne contre le TCE qui imposa à l’Europe les mêmes règles, Raoul Marc Jennar avait parlé de “La Trahison des élites”. En effet les valets de ceux qui s’enrichissent en dormant nous proposent de travailler plus pour gagner plus alors que les progrès techniques devraient nous permettre de travailler moins pour travailler tous et vivre mieux.

Cette loi dite “Pompidou Rothschild” a été élaborée en grande partie par Valéry Giscard d’Estaing. Dominique Strauss-Kahn était le négociateur français pour son extension à l’Europe dans le traité de Maastricht. Cette logique a été refusée par le Référendum sur la constitution européenne, puis validé par le gouvernement dans le traité de Lisbonne en 2008.

Pierre Chevrot (dans le journal Au fil du temps de la CGT).

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