La santé en danger

La santé en danger

Sur l’ensemble du territoire de notre pays le personnel de santé est un peu partout en effervescence et la Cornouaille n’échappe pas au mouvement. Le Centre Hospitalier de Quimper sur lequel ont été regroupés toutes les activités de chirurgie de Pont-l’Abbé et de Douarnenez (qui n’a plus d’anesthésiste) et qui reçoit une grande partie des urgences est au bord de l’explosion. Il faut parfois attendre jusqu’à 7 ou 8 heures une prise en charge aux urgences du CHIC ! Les équipes sont épuisées et le font savoir. Une infirmière d’un de ces établissements a écrit une lettre (anonyme car elle a peur de perdre son emploi) au comité de défense de son hôpital pour signaler sa détresse. Elle n’arrive plus à faire son travail correctement et craint que les patients n’en subissent les conséquences.

Cette catastrophe humanitaire à venir tient essentiellement à la politique de santé menée par les gouvernements successifs dont l’objectif pour faire des économies sur les dépenses a été de réduire l’offre de soins. J’accuse ouvertement ces gouvernements d’avoir organisé la pénurie de médecins et d’infirmiers en toute connaissance de cause, en baissant pendant des années le numerus clausus et en fermant des instituts de formations en soins infirmiers organisant de ce fait des déserts médicaux et des emplois infirmiers non pourvus dans beaucoup d’hôpitaux faute de candidat.

En regard de la situation de crise dans certains départements où les médecins libéraux sont devenus rares pour ne pas dire inexistants, le numerus clausus a fait l’objet d’une révision à la hausse mais c’est un peu tard pour éviter les dégâts compte-tenu du nombre d’années d’études pour former ne serait-ce qu’un généraliste. De plus, cela ne suffira pas à combler les départs en retraite.

La gestion prévisionnelle des effectifs de santé du Ministère (à supposer qu’il y en ait encore une) a essentiellement consisté à limiter, voire à restreindre dans certains endroits, le nombre de personnel hospitalier d’abord en s’attaquant aux administratifs puis maintenant aux soignants.

Les coupes sombres dans les budgets des établissements et la mise en place de la T2A (tarification à l’activité) ont aggravé considérablement la situation de certains hôpitaux obligés de faire des choix tant au niveau humain que matériel.

La mise en place des pôles dans les gros établissements pour mutualiser les moyens a complètement désorganisé les services de soins puisque les soignants peuvent être amenés à changer de secteur du jour au lendemain au gré des besoins et de la priorité donnée par ex. à la réanimation sur la médecine interne, rendant ainsi impossible un suivi correct des malades et faisant abstraction du sentiment d’appartenance des différentes catégories de personnel à une équipe.

S’il existe encore un SMUR à l’Hotel-Dieu de Pont-l’Abbé, c’est grâce à la mobilisation citoyenne du Pays Bigouden mais rien n’est jamais acquis et il est fort à craindre que les attaques contre les services de santé et les hôpitaux de proximité qui constituent encore un maillage (déjà plus ou moins troué) de certaines régions se renforcent pour alléger encore les dépenses de la sécurité sociale au nom de la sacro-sainte baisse des déficits publics.

Aujourd’hui c’est l’AP-HP de Paris qui est en lutte en raison de l’idée saugrenue que ce sont les 35 heures, donc les RTT qui posent problème ! Eh bien, non, c’est tout simplement parce que la mise en place de cette réduction du temps de travail n’a pas été compensée par une hausse des effectifs ce qui rend quasi impossible la récupération des heures supplémentaires. Je le sais…j’y étais, je l’ai mise en place en qualité de responsable de service et j’ai quitté cette institution en leur faisant cadeau de 400 heures que je n’ai jamais pu prendre et encore moins me faire payer puisque ce n’est pas dans les us et coutumes de la fonction publique hospitalière.

Je rajouterai qu’aujourd’hui certaines personnes renoncent à se soigner car elles n’ont plus les moyens de prendre une mutuelle, que les déremboursements de médicaments dits de confort (c’est vrai qu’un malade qui vomit après une chimio. n’a pas besoin d’anti-vomitif) et les dépassements d’honoraires de plus en plus pratiqués par des gens qui ont signé un serment dont ils ont oublié la teneur m’amène à penser que le système de santé français qui était un, sinon le meilleur, du monde est en grave danger. Avec un peu de malice je dirai que nos dirigeants ont peut-être trouvé une astuce pour réduire la “quantité de vie” (donc le versement des retraites) car ce sont quand même les personnes âgées qui sont le plus souvent malades…mais après tout, je reprendrai le titre d’un film pour conclure : “on achève bien les chevaux” !

Jacqueline BRAIRE

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