Les traités de Libre Echange contre le monde agricole

Le Mercosur s’invite au Salon de l’agriculture. Les paysans ont des exigences !

Publié le 24 février 2018 par Front de Gauche de Pierre Bénite

Alors que le salon annuel de l’agriculture s’ouvre, personne ne peut faire abstraction des puissantes mobilisations ayant eu lieu mercredi dans toute la France. Les agriculteurs très remontés ont défilé au volant de leurs tracteurs pour protester contre les accords de libre échange notamment avec le Mercosur et le CETA approuvés par Macron et son gouvernement qui vont permettre des importations massive en l’Europe de produits agricoles et autres provenant d’Amérique Latine et du Canada.

Faire entendre leurs exigences face aux graves problèmes de la profession.

Les acteurs entendaient faire entendre publiquement leurs exigences alors que depuis plusieurs semaines les proches de Macron essaient de déminer le terrain afin que le 55ème salon annuel soit une vitrine médiatique pour le chef de l’Etat même s’il lui sera difficile de passer à côtés des préoccupations de nos agriculteurs.

Accord de libre échange avec le Mercosur, plan loups, carte des zones défavorisées, pouvoir d’achat des familles agricoles en chute libre, productivisme agricole sous la maîtrise des grandes installations, domination sur les prix de la grande distribution, normes insupportables etc, les sujets qui fâchent ne manquent pas entre les agriculteurs et Macron et son gouvernement. Le salon est encore une fois, le lieu où le monde rural fait entendre sa voix.

Les manifestations de mercredi étaient surtout organisées pour protester contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays membres du Mercosur (Argentine, Brésil, Bolivie, Paraguay, Uruguay et Venezuela) qui va favoriser une concurrence déloyale.

Le Mercosur s’invite au 55ème Salon. Macron n’a pas respecté ses promesses.

Les éleveurs français, en particulier de bovins et de volaille sont particulièrement inquiets. Avec cet accord le marché européen et les filières françaises seront déstabilisés par des importations low-cost de viande bovine et de volaille.

Pour la masse des agriculteurs, Emmanuel Macron les a trahis puisqu’il avait promis que des lignes rouges ne devaient pas être franchies. Mais que pèse Macron face à l’ultralibéralisme mondial dont il est un des agents, et notamment les grands groupes mondiaux qui font la loi sur les marchés, les prix et les normes entrainant des millions de paysans à mettre la clé sous la porte.

Comme le disait un producteur comment vivre avec 800 € par mois, coincé entre la concurrence déloyale des grands producteurs qui font baiser les prix de productions et les grands groupes de la distribution qui imposent leurs prix d’achats pour maintenir des marges scandaleuses ? On comprend que des paysans soient conduits au suicide.

Les commissaires européens à l’Agriculture et au Commerce que sont Phil Hogan et Cécilia Malmström qui négocient actuellement avec le Mercosur liquident les iintérêts des agriculteurs européens seuls les plus gros pourront faire face.

« Les exportations des pays du Mercosur seront les mêmes que celles du Canada, soit des morceaux destinés à des marchés haut de gamme (entrecôte, aloyau, filet, etc), mais à des prix bien inférieurs », observe Baptiste Buczinski, chef de projet à l’Institut de l’élevage (Idele).

Sur ce marché à très haute valeur ajoutée, les importations de viande du Mercosur n’aideront pas une filière allaitante française déjà économiquement affaiblie et subissant des contraintes de production plus fortes qu’en Amérique latine. De nouveaux drames vont être générés.

Macron a fait le choix du libre échangisme et s’est couché devant l’Allemagne.

Le gouvernement n’affiche pas une volonté d’exclure le secteur de la viande bovine de l’accord, contrairement à la demande des syndicats agricoles. Comment Macron va t-il se positionner à l’ouverture du salon ? Fera t-il une fois encore du bla bla bla, restera t-il entre deux eaux en faisant de la démagogie pour au final ne rien changer quitte à mettre sa main au cul de la vache ou à carresser sa corne pour la photo et les organes officiels de communication notamment les chaînes de télé.

Actuellement le discours de Macron n’est pas acceptable pour les producteurs.« L’ouverture au monde n’est pas un danger », déclarait-il en reconnaissant cependant que laisser rentrer des produits agricoles issus « d’un autre modèle social » ou « environnemental », opposé à « ce que nous imposons à nos propres acteurs », serait contraire à la « préservation » des intérêts du pays.

Les élevages de bovins, porcs et volailles sud-américains sont essentiellement nourris à base d’OGM, en particulier de soja transgéniques, cultivés sur place avec une utilisation massive de glyphosate. 

La Confédération paysanne refuse l’accord et s’interroge sur les fameuses « lignes rouges » dont parle Macron. La Coordination rurale parle de « trahison ».

En effet, de nombreux politiques s’inquiètent de la position des autorités françaises qui s’apprêtent à céder aux sirènes du libre-échangisme. Des députés européens crient au scandale suite au propos de Macron qui dans son allocution commune avec le Président argentin M. Macri, a été très clair : “cet accord est pertinent et doit être soutenu”.

Et de rajouter« Emmanuel Macron s’est d’ores et déjà couché devant l’Allemagne qui veut utiliser l’agriculture européenne comme monnaie d’échange pour un accès accru de ses produits industriels sur le continent sud-américain ».

L’interprofession de la filière bovine « s’indigne ». et interroge : “en quoi l’accord entre l’UE et le Mercosur est-il moins dangereux en ce début 2018 qu’il ne l’était à la fin de l’année 2017 (NDLR : quand le président Macron le jugeait inacceptable) ? Le Brésil n’est-il toujours pas, suite à l’affaire « Carne Fraca », dans l’incapacité de démontrer la fiabilité du système de traçabilité et de certification sanitaire de ses viandes ? L’élevage sud-américain n’est-il toujours pas responsable de la déforestation, donc totalement incompatible avec l’agriculture engagée dans la lutte contre le changement climatique prônée par Emmanuel Macron lui-même ?” 

Rappelons que les deux géants de la viande au Brésil (plus gros exportateur mondial), JBS et BRF, sont poursuivis depuis début 2017 pour être soupçonnés d’avoir organisé une commercialisation massive de viandes avariées grâce à la corruption généralisée des services vétérinaires.

La PAC est un tissu de mensonge. Macron va t-il piper mot et laisser faire?

 

Le plan de l’Union Européenne sur les zones défavorisées attise également la colère de nos agriculteurs car 1349 communes seront maintenant exclues par l’UE de la carte des zones agricoles défavorisées.

La PAC censée aider-sécuriser-protéger-soutenir nos agriculteurs apparait pour ce qu’elle est un tissu de mensonge.

Le chef de l’Etat comme pour nos industries va t-il laisser les choses se faire sans piper mot, parce que la finance est à la manoeuvre ?

Limiter les pouvoirs de la grande distribution et des groupes de l’agro-alimentaire

Que répondra Macron sur la question de la grande distribution ?  Les syndicats de paysans comme le Modef demandent que les marges des grands groupes de la distribution et de l’agro-alimentaire soient encadrés, car ce sont eux qui faussent la concurrence et qui par leur pratique fondée sur le rentabilité a tout prix provoquent la mort des plus petits et y compris bafouent la sécurité sanitaire comme on l’a vu avec Lactalys ces dernieres semaines..

Des mécanismes législatifs existent permettant, d’une part de s’attaquer aux marges tout au long de la filière celles prises par les transformateurs comme par les distributeurs grâce au coefficient multiplicateur,

L’Etat doit garantir un revenu minimum à chaque exploitant agricole

Les exploitants agricoles réclament une action forte de l’Etat afin d’obliger les groupes de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui touchent des fonds publics avec le CICE et le pacte de responsabilité, de s’approvisionner en produits agricoles de France.

Ils demadent également de réformer la loi de modernisation de l’économie de 2008 pour limiter les pouvoirs de la grande distribution et rééquilibrer les relations avec les fournisseurs.

Enfin comment l’Etat va t-il intervenir pour garantir aux petits exploitants agricoles qui font des efforts énormes pour survivre un revenu qui ne soit pas inférieur, selon nous, à 1500 € soit le SMIC brut ou à 9.90 € de l’heure qui est le SMIC horaire, et multiplié par le nombre d’heures de travail pratiquées effectivement dans le mois ?

Le Modef demande notamment la revalorisation des retraites agricoles à 1 200 € pour toutes et tous, le passage du taux de la pension de réversion de 54 à 74 %, la suppression de la minoration des retraites pour celles et ceux qui n’ont pas atteint le nombre de trimestres requis à l’âge légal de départ en retraite, la suppression de la CSG et du RDS sur la partie des pensions inférieures à 85 % du SMIC, la demie part fiscale accordée aux personnes seules doit être rétablie, ainsi que l’abattement de 20 % et que la valeur de la maison d’habitation soit exclue de la récupération sur succession et la perte d’autonomie soit considérée comme une longue maladie prise en charge obligatoirement par l’assurance maladie.

Comme on peut le constater Macron joue gros au salon. A t-il les capacités de faire face ? Va t-il prendre le taureau par les cornes et régler une fois pour toute les vraies questions soulevées par les exploitants ? Ou au contraire, va t-il se contenter de faire du “ronron” et laisser la finance et les grands groupes dicyer leur loi ?

Le Salon sera peut être chaud, en tout cas les semaines à venir le seront. Nous verrons à l’issue du Salon, toujours est-il que deux Français sur trois (65 %) ne font pas confiance à Emmanuel Macron et au gouvernement pour « mener une bonne politique agricole », contre 34 % d’un avis opposé.

Et une proportion semblable (66 %) ne leur fait pas confiance pour « permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail », contre 33 % d’un avis contraire.

 

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