Renationaliser les autoroutes

Après l’abandon de l’écotaxe, une question se pose…

La renationalisation des autoroutes

Par Olivier Dartigolles Porte-parole du PCF, conseiller municipal de Pau

 

Ségolène Royal a informé de la suppression pure et simple de l’écotaxe. La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie enterre l’écotaxe sans la moindre annonce concrète concernant le financement des alternatives au tout-routier. Nous savons bien, en Pyrénées-Atlantiques, combien les alternatives aux murs à camions sont indispensables. Quel avenir pour les projets de fret ferroviaire et fluvial ? Alors que le débat parlementaire a éclairé la faiblesse du « projet de loi de transition énergétique pour la croissance verte » en matière de logement et de transport, sans parler de la privatisation des centrales hydrauliques, cette annonce vient doucher les minces espoirs de celles et ceux qui attendaient un engagement ferme du gouvernement pour la transition écologique des territoires. Il était aussi question de la relocalisation et de la transformation des modes de production et de distribution. Une nouvelle occasion manquée, un nouveau renoncement. La politique d’austérité fait les poches des salariés et des familles, dont le pouvoir d’achat est attaqué comme jamais. Pendant ce temps, les dividendes des actionnaires enregistrent des records historiques. C’est le cas des sociétés d’autoroutes.

En 2005, nos autoroutes, dont la plupart étaient largement amorties, ont été bradées aux multinationales du BTP. À l’époque, la sous-évaluation de la valeur de ces sociétés concessionnaires avait interpellé beaucoup de spécialistes. Dans un tout récent rapport, l’Autorité de la concurrence a estimé la rentabilité après impôts des concessionnaires (Eiffage, Vinci, Sanef) « exceptionnellement élevée ». Cette rente a dégagé des profits indécents de 15 milliards d’euros de dividendes depuis la privatisation. Pour 2032, date de la fin de la concession des autoroutes, on estime que ces sociétés auront engrangé le chiffre pharaonique de 40 milliards d’euros de bénéfices ! Soit quatre fois « le trou de la Sécu » dont on nous rebat les oreilles. Voilà une belle illustration du coût du capital dont il est trop rarement question dans les grands médias qui préfèrent le rouleau compresseur idéologique sur « le coût du travail ». Pour Ségolène Royal, la solution « prioritaire » à l’abandon de l’écotaxe serait de « ponctionner les bénéfices des sociétés d’autoroutes » sans autre précision. Le 19 juin dernier, le Sénat avait l’occasion d’adopter une proposition de loi, déposée par le groupe communiste et républicain, permettant d’engager la renationalisation des concessions d’autoroutes.

Il y avait alors une majorité « de gauche » pour la voter. Cela ne fut pas le cas puisque seuls les communistes et les écologistes ont voté pour. On pourrait ainsi redonner des moyens importants à la puissance publique, bien supérieurs à la simple « ponction » aujourd’hui proposée, pour une politique des transports respectueuse des hommes, des territoires et de l’environnement. Faut-il renationaliser les 9 000 kilomètres d’autoroutes à péages ? Cette question va de nouveau être posée. Une mission d’information parlementaire rendra ses conclusions d’ici à la fin de l’année. Tout cela au fond relève d’un choix de société : l’humain ou le fric, la transition écologique ou le chaos.


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