S’attaquer à la finance, pas accuser les demandeurs d’emploi

S’attaquer à la finance, pas culpabiliser les salariés !

Jean-Christophe Le Duigou, économiste et syndicaliste.

On pensait que la culpabilisation des plus modestes était une démarche de droite. Eh bien non ! Voilà l’argument repris par des ministres socialistes. François Rebsamen au lieu de s’attaquer au chômage critique les chômeurs « que l’on va contrôler plus étroitement ». Reprenant un thème cher au patronat, Manuel Valls affirme quant à lui que « la France vit au-dessus de ses moyens ». L’endettement excessif serait celui de Français qui vivraient à crédit ? Que peut comprendre à ce discours le salarié moyen sinon que, avec son modeste pouvoir d’achat, il met la France en danger.

Arrêtons les plaisanteries M Rebsamen: la crise structurelle n’est pas due aux fraudes aux allocations, pas plus qu’à une surconsommation individuelle ou collective. Les seules dépenses qui ont explosé ces trente dernières années sont celles qui sont destinées à couvrir les conséquences de la crise, au premier rang desquelles les dépenses pour l’emploi et l’indemnisation du chômage. En revanche, les rentes octroyées aux actionnaires n’ont cessé de gonfler. La production de biens et de services n’a quant à elle pas cessé de s’affaiblir. L’endettement est bien la contrepartie des déséquilibres de ce mode économico- financier de croissance. Ce processus s’est traduit en Europe, comme le confirme l’OCDE, par une déformation du partage de la richesse créée par les entreprises au détriment des salariés. Des taux de rentabilité exigés, nettement supérieurs au taux de croissance des richesses, produisent une situation intenable sur le long terme car elle se nourrit d’une amputation des capacités humaines et matérielles de production.

En même temps, cette pression permanente sur les travailleurs conduit à une insuffisance chronique de la demande salariale et à une montée régulière du chômage. Il faut dès lors soutenir artificiellement la demande par un endettement des ménages et de la puissance publique.

Le cycle continue, et la crise est loin d’être terminée. La question n’est pas de savoir s’il y aura de nouveaux ébranlements, mais quand ils se produiront. D’un côté, les États sollicitent massivement les marchés, d’autant que pour l’instant les taux d’intérêt sont au plus bas. Ils sont même, sur certaines échéances de court terme, négatifs : les prêteurs paient pour mettre leur argent en sécurité ! De l’autre, la « titrisation » des dettes, c’est à- dire l’organisation de leur échange à grande échelle sur les marchés, relance la spéculation. Au lieu de culpabiliser les ménages modestes, cette crise structurelle devrait être l’occasion de réexaminer la politique économique suivie en Europe et en France. François Hollande a clamé haut et fort « qu’il n’avait qu’un ennemi : la finance ». Mais il n’amorce pas la moindre critique des actions menées ces dernières années. Pire, le patronat se félicite de l’intervention de l’État pour secourir le capital en perdition et revendique de pouvoir continuer comme avant ! « L’appel à la responsabilité » adressé aux entreprises ne suffira donc pas. Injecter des liquidités et du capital non plus ! La crise actuelle met en exergue le besoin d’une nouvelle stratégie de développement social et économique qui suppose l’organisation d’un large effacement des créances accumulées. C’est tout un mode de croissance qu’il faut mettre en cause en donnant une place nouvelle au travail, à l’environnement et aux activités productives. Le « retour au réel » passe par la reconnaissance de ces trois priorités. C’est dans cette direction, et non dans l’austérité généralisée, qu’il peut y avoir une solution à la crise de la dette. 


Share Button

Laisser un commentaire