Situer débat PLemée 2dec11

2012 : SITUER LE DEBAT POLITIQUE        par Pierre Lemée (Front de Gauche pays bigouden, dec 2011)

CRISE SYSTEMIQUE :

Le modèle néo-libéral DCD (Dérégulation, Compétition à outrance, Délocalisation) est insoutenable sur tous les plans (écologique, social, économique, financier, culturel, éthique…). Il engendre démesure et mal-être.

Les inégalités sociales explosent sur l’ensemble de la planète : 3 personnes ont un revenu égal à celui de 48 pays les plus pauvres, celui de 225 personnes égale celui de 2,5 milliards d’êtres humains.

 L’absurdité des flux financiers est totale : sur les  3200 milliards de dollars  qui  s’échangent sur les marchés financiers, seuls 2,7% correspondent à des biens et à des services réels, le reste étant de l’économie spéculative qui tourne sur elle-même.

En 1998, avec une centaine de milliards de dollars, on aurait pu éradiquer la faim, permettre à tous l’accès à l’eau potable, assurer les soins de base, des logements décents…

Le règne de la marchandise s’étend à l’ensemble des échanges humains et même au vivant.

 Nous sommes passés en l’espace de 30 ans d’une économie de marché à une société de marché.

Le capitalisme, un minimum régulé après guerre, est devenu un ultra-capitalisme dérégulé.

Le fondamentalisme marchand des libéraux célèbre, tous les jours, sur tous les tons, le « divin marché ».

LE SYSTEME CAPITALISTE EST HORS CONTROLE :

Les intégristes du marché appliquent avec la foi des convertis ses deux principales lois :

 Enrichissez-vous : par tous les moyens et sans limite.

Le capitalisme marche trop bien et trop vite par rapport à sa finalité (la richesse infinie), de sorte qu’il ne s’arrêtera pas avant d’avoir tout consumé (et nous avec).

Le graffiti « jouir sans entraves » de mai 68 s’est retrouvé dans le « s’enrichir sans entraves ».

Le symétrique, c’est l’exploitation totale de la main d’œuvre: l’ethnologue et la grande résistante Germaine Tillion l’a nommée simplement : trois forfaits successifs : au 18è siècle, c’est la traite des Noirs, au 19è le colonialisme, au 20è, la clochardisation, dans les grandes mégalopoles du tiers-monde, et qui se développe aussi chez nous.

La main invisible du marché ou le divin marché.

Selon les intégristes du marché, la loi de l’offre et de la demande permet un équilibre quasi-naturel (surnaturel ?) des échanges, tout le monde y retrouve son compte.

L’intervention autre que celle des agents du marché (vendeurs, acheteurs) est inutile et même dangereuse : elle fausse la loi suprême de la concurrence qui doit être libre et non faussée                (Traité Constitutionnel Européen de 2005).

Les différents gouvernements (de droite et de gauche) de l’Union Européenne se sont inclinés devant ces deux lois sacro-saintes du néo-libéralisme depuis environ 30 ans, en abandonnant leur pouvoir politique, pour les remettre entre les mains des banquiers, refusant même à la BCE un rôle de banque créditrice pour les états.

Résultats:

 L’économie est entre les mains des banquiers qui visent d’abord des plus-values spéculatives (les plus juteuses à court terme) plutôt que d’investir dans la production de biens et de services (surtout ceux de première nécessité) utiles à la population.

Les folies boursières sont hors de contrôle, activées même par des modèles mathématiques qui tournent tout seul 24h sur 24, sans que la raison humaine vienne les contrecarrer.

Les inégalités sociales explosent du fait de la baisse des revenus salariés, du chômage et de la précarité grandissants, des attaques systématiques contre la protection sociale, contre les services publics…

Les écosystèmes de la planète sont menacés du fait de la surexploitation des ressources, de la pollution des terres, de l’eau, de l’air, du réchauffement climatique.

Pour Patrick Viveret, c’est »la fin du cycle historique du salut par l’économie, parce que les promesses du salut par l’économie n’ont pas été tenues. L’idée que le progrès économique entraînerait progrès social, progrès moral, a vécu…Les formes de chosification, qu’elles soient celles du vivant ou de l’humanité elle-même, dont la marchandisation à outrance n’est que l’une des facettes, expriment cette incapacité du salut par l’économie ».

(J’ajoute capitaliste financière à « économie ».)

VERS UNE ALTERNATIVE :

« « Le PIB mesure à peu près tout, sauf ce qui rend la vie digne d’être vécu ». (Robert Kennedy).

 Le terme « valeur » désigne « la force de vie ».
 Aujourd’hui, la « valeur » est essentiellement monétaire, marchande, et surtout de plus en plus spéculative.

Il faut donc « reconsidérer la richesse » (rapport rédigé par P. Viveret en 2001.

 Il faut renommer « la richesse », changer ses indicateurs.

La monnaie

 L’origine historique de la monnaie n’est pas économique mais religieuse, en particulier dans la question du sacrifice qui tente de rétablir les termes de l’échange inégal avec les dieux.

« Si l’on ne saisit que la monnaie relève d’abord du religieux (ce qui relie les hommes), puis du « politique », et que l’économique ne se comprend qu’en termes de sens, on ignore ce qu’est une grande crise monétaire et financière, comme celle que nous traversons ». ( P. Viveret)

 La crise financière est d’abord une crise de la confiance, mais aussi une crise d’un socle de croyance ou plutôt de crédulité.

Puisque la crise financière est hors contrôle, il paraît vain de la maîtriser par des mesures techniques partielles qui montrent leur inanité les unes après les autres.

 Nous devons nous réapproprier démocratiquement la monnaie pour que celle-ci retrouve sa fonction de moyen et non de fin, qu’elle serve à l’utilité écologique et sociale.
 Elle ne peut et ne doit pas avoir de valeur en elle-même, sinon la tendance à vouloir la garder et à spéculer réapparaît.

 Il faut aller en sens inverse, vers la monnaie qui perd de la valeur au fil du temps.

Bernard Lietaer a proposé, il y a dix ans, une monnaie mondiale  la « Terra » qui pourrait remplacer le dollar.
 Il existe déjà la monnaie solidaire « sol » qui facilite les comportements écologiques et sociaux. On peut établir des échanges qui ne soient pas monétaires au sens classique mais sur une « base temps ».

Planifier l’économie

Revenir sur le dogme du laisser-faire économique sans retomber dans la planification « soviétique » : anticiper, coordonner, coopérer de façon souple et volontaire permet d’éviter d’être prisonnier du court-termisme et des effets de mode.

Développer les services publics

Toutes les activités humaines ne sont pas destinées à être soumises aux lois du marché, devant dégager à tout prix des profits.

Les services publics doivent être au service du bien commun et favoriser le lien social et la répartition des richesses.

Les activités de l’esprit (art, sciences…), ainsi que les médias d’information, ne doivent pas subir la loi du marché et préserver leur autonomie et leur liberté.

Croissance et décroissance

Le productivisme à outrance nous conduit à la catastrophe sociale et écologique. Nous le savons mais nous n’arrivons pas à nous en défaire : nous sommes addicts à la consommation.

C’est contraints et forcés que nous changerons de cap, par épuisement  des ressources naturelles et intoxication de la terre, de l’eau et de l’air.

La planification de la réorientation de toute notre économie, et donc de nos modes de vie, est à l’ordre du jour : il faut en débattre démocratiquement.

Sur ce sujet, voir Serge Latouche : « Vers une société d’abondance frugale. Contresens et controverses sur la décroissance ».

ELECTIONS 2012 : ENGAGER UN DEBAT DE SOCIETE :

Avec les pluies de crises diverses et variées qui s’abattent sur nos têtes, nous savons bien que notre civilisation est à un tournant : les élections sont une occasion de débattre sur le fond :

§ des tenants et des aboutissants des impasses où nous nous trouvons.

§ des moyens pour en sortir et proposer des alternatives mobilisatrices.

Les débats actuels n’en prennent pas le chemin : les faux semblants et les chausse trappes se multiplient entre les « grands » candidats.

 Les institutions de la Vè République, en particulier l’élection à 2 tours du Président-Roi de la République, contribuent grandement à cette politique spectacle dépolitisante.
 Les propriétaires des médias et les chefs de rédaction accentuent à satiété ce « divertissement » politicien.

La droite sarkozienne s’est particulièrement engagée dans l’art du mensonge, des leurres et du camouflage par rapport aux vrais enjeux de société : la chasse aux boucs émissaires à la crise est très fructueuse (et encore à ses débuts !) : les Roms, les immigrés (clandestins ou non), les fraudeurs  (sauf les riches !) en tout genre, les étrangers, les islamistes, les fonctionnaires, les juges, les rouges, les verts, les roses, les jeunes ( les voyous surtout), les fainéants, les pédophiles, les chauffards, les chiens, les chats…

« Ils contribuent tous à creuser la dette, à nous empoisonner la vie.
 Votez pour Sarkozy qui les mettra au pas et tout ira mieux! »

 Quel beau programme sans aucune once de démagogie !

Son vrai programme, c’est la démolition complète des protections sociales (en particulier celles issues des ordonnances du CNR en 1944) et la baisse du revenu des salariés et retraités, sous le fouet de la « concurrence libre et non faussée » entre les travailleurs-marchandises.
La prétendue dette publique sert d’épée de Damoclès pour exercer le chantage à la baisse du niveau de vie.

Face à lui, la gauche tranquille, normale, incarnée par un François Hollande tout en nuance, maître dans l’art de l’esquive, nous concocte un programme très, très sobre et très, très lisse.

 Il ne faut surtout pas fâcher les as du CAC 40 et les très sévères agences de notation.

En même temps, elle ne doit pas trop dire qu’elle va appliquer le programme de Zapatero en Espagne et celui de Papandréou en Grèce : elle va fâcher les futurs électeurs de gauche !

RASSEMBLER UNE GAUCHE COMBATTANTE :

C’est le défi que nous devons relever.

La gauche radicale (qui s’attaque aux problèmes à la racine) est encore relativement faible et dispersée, même avec un Front de Gauche rassembleur et offensif.

Les combattants sont pourtant nombreux, mais ils sont encore sceptiques : les précédents rassemblements ont avorté, la division l’avait emporté.

Aujourd’hui, la question de la réorientation globale de la société est posée avec une acuité extrême et elle traverse l’ensemble des courants de la gauche.

Il faut s’adresser à eux  tous (PS compris) pour leur proposer des débats publics communs afin d’impliquer tous ceux qui doutent ou qui sont désorientés.

Nous voyons depuis quelques années, le surgissement de mobilisations de citoyens très diverses et radicales : les altermondialistes, les indignés, les Comités pour un audit citoyen de la Dette publique, les luttes sociales d’ampleur (les retraites)…

Le FDG (Front de Gauche) peut et doit s’élargir à tous ceux sont hors parti et qui sont mobilisés pour faire connaître son programme.

 Bibliographie :

Patrick Viveret et Edgar Morin : Comment vivre en temps de crise ?

Dany-Robert Dufour : l’Individu qui vient…après le libéralisme

Frédéric Lordon : la crise de trop (reconstruction d’un monde failli)

Jacques Généreux : la dissociété ; le socialisme néo-moderne ; la grande régression ; nous, on peut

Hervé Kempf : comment les riches détruisent la planète ; pour sauver la planète, sortez du  capitalisme ; l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

Emmanuel Todd : après la démocratie

André Chassaigne : pour une Terre commune

Daniel Tanuro : l’impossible capitalisme vert

Jean-Luc Mélenchon : en quête de gauche ; l’autre gauche, qu’ils s’en aillent tous


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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