Grève à la SAUR Pont L’Abbé

Paru dans L’Humanité du 5 Avril 2013,  rubrique “C’est un scandale !”

Le bonus qui fait tanguer la Saur, le numéro trois de l’eau

Les 200000euros de prime versés au président du groupe ont provoqué la colère des salariés cantonnés au Smic.

Ci-contre la grève du personnel de la Saur à Pont L’Abbé le 3 avril2013

La colère naît souvent d’une coïncidence. Par exemple, entre une politique d’austérité et la découverte d’un compte en Suisse. Ou bien, à la Saur, numéro trois de la distribution d’eau en France, entre un quasi-gel des salaires et la découverte d’un bonus substantiel versé au président du groupe.

Le scénario s’est déroulé en trois temps, courant mars. D’abord, les négociations annuelles obligatoires (NAO) entre syndicats et direction de la Saur s’achèvent sur un bien maigre résultat pour les 12 000 salariés du groupe : 1,2 % d’augmentation pour les salaires en deçà de 1 600 euros brut, 1 % au-delà. Puis, les salariés apprennent que leur prime de participation, équivalente à un treizième mois, sera amputée de 60 % cette année. Enfin, l’information fuite dans lapresse que le nouveau président du groupe, Olivier Brousse, se verra verser un bonus de 200 000 euros pour l’année 2012. Au vu du « choc » provoqué par cette révélation, l’intersyndicale demande la réouverture immédiate des NAO, et réclame 100 euros d’augmentation pour tous. Comme la direction ne répond pas, un appel à la grève illimitée est lancé.

Mercredi, le mouvement a été fortement suivi, par plus de 50 % du personnel selon la CGT, avec des pointes proches de 100 % dans certains établissements comme la station d’épuration de Saint-Fons dans le Rhône. Du jamais-vu dans le groupe, ce qui « confirme que les salariés en ont marre d’être pris pour des dindons », appuie Yves Ardil, délégué syndical central CGT, qui annonce d’autres actions. «Le personnel est à peine au-dessus du Smic pour un métier pénible et insalubre, avec une présence vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour assurer la mission de service public qui nous permet de nous brosser les dents chaque matin. » Un manque de reconnaissance exacerbépar le chaos dans lequel est plongée l’entreprise du fait de spéculations financières. Autrefois filiale du groupe Bouygues, la Saur a été vendue en 2005 pour 1,3 milliard d’euros à PAI Partners, qui, en 2007, l’a revendue pour 2,3 milliards à un consortium d’actionnaires français, sous forme de LBO. Un prix surestimé, qui plombe aujourd’hui l’activité de l’entreprise. «La Saur dégage des bénéfices, mais elle doit reverser 90millions d’euros par an pour rembourser la dette, plus 2,4milliards d’ici la fin 2014, explique Yves Ardil. L’entreprise a pompé dans ses réserves financières mais, aujourd’hui, la trésorerie est à zéro. D’où la compression des salaires. Le personnel a le sentiment de payer une dette qui n’est pas la sienne. » En août dernier, la Saur a été placée sous mandat par le tribunal de commerce de Versailles, et cherche aujourd’hui un repreneur. L’intersyndicale demande au gouvernement d’intervenir, puisque l’État est actionnaire à 38 % via le Fonds stratégique d’investissement (FSI). « On craint un scénario de reprise où la dette serait étalée, mais maintiendrait la pression sur les salariés », explique le cégétiste.             Fanny Doumayrou l’Huma 5 avril