Les banques au coeur du pouvoir en France

Les banques d’affaires au cœur du pouvoir

Par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, sociologues*

Les banques Lazard et Rothschild au cœur de l’administration de l’Etat au-delà des orientations politiques

François Hollande a choisi un associé gérant de la Banque Rothschild, Emmanuel Macron, comme secrétaire général adjoint de 1’Elysée.

 L’histoire politique de notre pays bégaye donc puisque, en 2007, Nicolas Sarkozy avait nommé François Pérol, lui aussi associé gérant de la banque Rothschild, également comme secrétaire général adjoint de l’Elysée. Dans l’un et l’autre cas, les relations étaient déjà établies avant ces nominations. Emmanuel Macron s’est engagé auprès de François Hollande pendant la Campagne de la présidentielle tandis que François Pérol fut le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre des Finances en 2004. Jeune inspecteur des finances, Emmanuel Macron est entré à la banque Rothschild en 2008, à l’âge de trente et un ans, et le voici donc à trente-cinq ans le relais des affaires financières internationales au cœur d’un système politique dont la majorité des pouvoirs sont aux mains de la gauche libérale.

La banque Rothschild exerce ses talents dans plus de 30 pays à travers le monde. Elle a souvent composé avec les pouvoirs en place quelle que soit leur orientation politique. En se rendant utiles aux princes allemands, aux grands électeurs et autres landgraves, avant la naissance de l’Allemagne en 1871, les Rothschild bénéficièrent d’une caution précieuse. Par la suite. leurs engagements auprès des États d’accueil, qu’il s’agisse de la France de la Restauration ou du second Empire, de l’Angleterre ou de l’Allemagne de Bismarck, leur permirent d’amasser un patrimoine considérable à l’ombre protectrice de leurs commanditaires. Selon Martine Orange, auteur d’un excellent livre, « Rothschild, une banque au pouvoir » (Albin Michel, 2012), il n’y a qu’en France que deux banques d’affaires, Rothschild et Lazard sont sollicitées par les pouvoirs politiques. « Le ministère des Finances; écrit-elle en a fait ses interlocuteurs privilégiés, leur déléguant tant de missions qu’elles finissent par être des ministères bis de l’industrie et de l’économie. » L’auteur analyse nombre de privatisations qui, sous des gouvernements de droite comme de gauche, ont mobilisé les conseils de ces deux banques. Ainsi, au cours de la première cohabitation, Mitterrand étant président, Chirac premier ministre et Balladur aux finances, les Rothschild représentent l’Etat dans le processus de privatisation de Paribas. Chirac président, Jospin premier ministre et Strauss-Kahn aux finances, les privatisations s’accumulent, sous les conseils de la banque Lazard et des Rothschild. « A l’époque,  note Martine Orange, les banques d’affaires sont presque à demeure au ministère des Finances. »

On n`est donc plus étonné quand en septembre 2012;. Pierre Moscovici, ministre socialiste de l’Economie, choisit la banque Lazard comme conseil pour la création de la Banque publique d’investissement, Un tel choix n'a pas manqué de provoquer la polémique, autour du soupçon du conflit d’intérêts, puisque le dirigeant de la banque d’affaires Lazard en France n’est autre que Matthieu Pigasse, membre lui aussi du Parti socialiste, proche de Dominique Strauss-Kahn et soutien public de François Hollande pendant la campagne de la présidentielle.

Tout se passe comme si l’État ne voulait plus, ou ne pouvait plus, prendre des décisions ou faire des arbitrages polítiques et économiques sans que ceux-ci aient été expertisés et cautíonnés par de grandes banques d’affaires privées. Il règne au sein du Parti socialiste un parfum de « servitude volontaire », pour reprendre l’expression d’Etienne de La Boëtie.

*Dernier ouvrage paru: l’Argent sans foi ni loi, conversation avec Régis Meyran. Paris, Textuel, 2012.