Les Bonnets Rouges, manipulation, fausse solution

Les Bonnets rouges, une double manipulation (sur Mediapart)

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/070314/les-bonnets-rouges-une-double-manipulation 


Les propositions formulées par les «Bonnets rouges» sont-elles l’avenir de la Bretagne ?

Face à la crise, les réponses ne sont pas uniquement bretonnes

Les propositions formulées par les «Bonnets rouges» sont-elles l’avenir de la Bretagne ? Face à la crise, les réponses ne sont pas uniquement bretonnes

Par Louis Aminot, Sylvie Larue, Martine Lesueur, Etienne Miossec, Alain Rebours, Dominique Resmon, François Rippe

d’Ensemble (*) 22-29-35-56.

Nous vivons chaque jour, en ces temps de crise du système capitaliste, des situations qui produisent du ressentiment, de la colère, peuvent entraîner une grande confusion comme une prise de conscience positive.

C’est le cas du mouvement social qui a secoué la Bretagne et particulièrement le Finistère à l’automne 2013. La crise de l’agroalimentaire et la mise en place de l’écotaxe dans un contexte de crise économique générale ont été les ingrédients déclencheurs de ce mouvement.

Le modèle productiviste concurrentiel développé en Bretagne depuis des années est arrivé en bout de course. Développer des élevages industriels, produire en masse des produits agroalimentaires de bas de gamme, vouloir faire face à la concurrence internationale par des prix et des coûts salariaux de plus en plus faibles, subir les pressions de la grande distribution dont les actionnaires veulent conserver les marges, tout cela ne fonctionne plus, et encore moins lorsque l’Europe décide de ne plus subventionner les exportations. La course aux gains de productivité dans ce secteur a conduit à l’avalanche spectaculaire de plans de licenciement que l’on connaît.

À la colère sociale se sont ajoutés le refus des taxes, des cotisations, des impôts, qu’on a alors qualifié de ras-le-bol fiscal, et le refus des décisions prises par un État central. L’écotaxe votée sous la droite et mise en œuvre par le gouvernement Ayrault a permis au Medef, à la FDSEA, aux tenants de l’agrobusiness et aux patrons de la grande distribution de détourner l’attention et d’évacuer leurs responsabilités dans la crise.

Si la crise de l’agroalimentaire a particulièrement marqué l’actualité régionale, d’autres secteurs sont touchés et le cycle ouvert par la crise des subprimes en 2008 est loin d’être refermé, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire avec le discours sur la reprise économique. La recherche effrénée de l’accumulation du capital trouve ses limites dans tous les secteurs de l’activité humaine.

Aussi le pacte d’avenir pour la Bretagne, élaboré dans l’urgence par le gouvernement Ayrault, ne répond en rien aux urgences du moment et ne porte pas de véritable alternative. Les deux milliards de crédits publics dont il se vante ne sont en réalité qu’un recyclage de décisions déjà prises ; la vraie enveloppe financière nouvelle ne dépasse pas quelques dizaines de millions d’euros.

Des aides publiques vont être à nouveau distribuées sans contreparties sociales ou environnementales, en particulier aux entreprises de l’agrobusiness.

Le développement des services publics qui devrait être au cœur du développement de la région n’est pas soutenu, notamment le fret ferroviaire.

Le dialogue social qui est prôné oublie le rôle désastreux joué par les patrons de l’agroalimentaire, qui ont empoché les subventions européennes et oublié d’anticiper leur suppression. Le modèle productiviste breton n’est aucunement remis en cause.

Les salariés, par leur travail, leur savoir-faire, leurs qualifications et leur expérience, ont contribué à faire l’économie de leur région, parfois au prix de leur santé, comme le montre le développement des TMS dans les métiers de l’agroalimentaire. C’est bien à eux en priorité que devrait revenir le droit de décider de leur avenir. Mais ils en sont dessaisis, d’abord par les patrons et les actionnaires des entreprises où ils travaillent, mais aussi par les élus qui décident seuls des aides qu’ils vont attribuer à telle ou telle production.

Poser la question de la finalité du travail ne peut se faire sans les salariés eux-mêmes. Une nouvelle fois, ils ont été écartés des décisions qui les concernent au premier chef.

Il ne suffit pas de se référer aux états généraux et aux cahiers de doléances pour porter des propositions qui remettent en cause le fondement même du système qui a provoqué la crise que l’on connaît en Bretagne. Les onze revendications formulées à Morlaix lors de la réunion des « bonnets rouges » ne régleraient en rien la vie et l’avenir de l’immense majorité de la population.

Ce n’est pas en allégeant les charges, en simplifiant les démarches administratives, en modifiant les normes actuelles, en créant une zone franche en centre Bretagne sans droits sociaux, sans contraintes pour le patronat, en redonnant des droits à polluer qu’on trouvera des solutions.

Ce n’est pas en créant un parlement breton que l’on résoudra le problème. Il ne s’agit pas de relocaliser les assemblées délibératives pour que d’autres prennent les décisions à notre place. Il s’agit de redonner du pouvoir aux travailleurs et aux habitants d’une région, de considérer que, parce qu’ils sont les producteurs des richesses de celle-ci, ils doivent être aussi les décideurs des investissements et des choix de production, parce qu’ils en sont les habitants, ils doivent être considérés comme des codécideurs des décisions qui engagent l’avenir de leur région avec les élus de chaque commune jusqu’au Parlement européen.

Nous voulons devenir des producteurs associés responsables et soucieux de notre environnement et nous voulons être pleinement reconnus dans notre rôle citoyen. Cela suppose de mettre à l’ordre du jour la conquête de nouveaux droits, comme une Sécurité sociale professionnelle garantissant la continuité et la progressivité des droits au salaire, à la formation, à la protection sociale.

Ne faut-il pas mettre ces questions en débat avec les salariés de l’agroalimentaire et d’autres secteurs, et agir concrètement tout de suite comme l’ont fait les salariés de Fralib sans attendre les réponses de ce gouvernement sourd aux attentes des travailleurs ?

Face à la crise les réponses ne sont pas uniquement bretonnes. C’est à nous, toutes et tous ensemble, de reconstruire une alternative : un autre avenir est possible !

(*) Ensemble est la troisième composante du Front de Gauche ( Ensemble, Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire)