Pouvoir d’achat CGT

Le pouvoir d’achat, remède anticrise

Nasser Mansouri-Guilani, économiste de la CGT, défend la proposition d’un Smic à 1700 euros brut dès 2012 et d’une hausse des salaires. Une question de justice et d’efficacité.

La proposition 
du Front de gauche et de son candidat d’augmenter 
le Smic à 1700 euros brut vous paraît-elle crédible ?

Nasser Mansouri-Guilani. Elle est à la fois réaliste et nécessaire. Les calculs réalisés par la CGT intégrant le poids et la forte hausse des dépenses de loyer, d’électricité, de gaz, de soins de santé, du téléphone et d’Internet ou encore de transport dans le panier de consommation des ménages à revenu modeste et moyen montrent que le minimum de 1 700 euros que revendique la CGT est indispensable pour avoir une vie décente aujourd’hui. Mais en même temps, une telle augmentation permettrait de dynamiser l’économie.

L’un des éléments essentiels de la crise que nous traversons depuis plusieurs années est la baisse de la part des salaires dans les richesses créées qui a chuté de 10 points dans les années 1980. Ainsi, chaque année, 100 milliards d’euros sont transférés du travail vers le capital dans les entreprises industrielles et de services. 100 milliards de plus qui, chaque année, pourraient aller à l’emploi, aux salaires et à la Sécurité sociale. Contrairement à ce que disent les libéraux et le patronat, ce n’est pas le coût salarial mais le coût du capital, c’est-à-dire les prélèvements financiers sous forme de charges d’intérêt ou de dividendes qui pèsent sur la santé des entreprises. D’autant que les salaires évoluent moins vite que la productivité du travail. D’ailleurs, les revendications salariales montent dans les entreprises.

 Cette hausse des salaires 
est-elle supportable pour les petites 
et moyennes entreprises ?

Nasser Mansouri-Guilani. Oui, mais il faudrait en même temps alléger les contraintes qui pèsent sur ces entreprises. Les PME sont confrontées à deux problèmes majeurs : les relations déséquilibrées qui existent actuellement entre les donneurs d’ordre et leurs sous-traitants ; l’accès aux financements bancaires. Les PME sont particulièrement victimes du resserrement par les banques des conditions d’octroi des crédits et lorsqu’elles en bénéficient, c’est à un coût très élevé. D’ailleurs, le gouvernement a dû pour ces deux problèmes mettre en place des médiations qui n’ont toutefois pas résolu grand-chose. Pour sa part, l’État peut intervenir sur d’autres leviers pour alléger les contraintes et donner de la marge aux PME pour les salaires et l’emploi, en refondant, par exemple, sa politique fiscale qui est très défavorable aux petites entreprises.

Et qu’en est-il pour les autres 
salariés qui ont des rémunérations supérieures au Smic ?

Nasser Mansouri-Guilani. Il est clair que nous assistons à un tassement des salaires vers le bas, accentué par la loi Fillon d’exonération de cotisations jusqu’à 1,6 Smic. De telle sorte que la moitié du salariat gagne moins de 1 650 euros par mois. Il est évident qu’il ne s’agit pas d’augmenter le Smic et de laisser les autres au même niveau, mais bien d’entrer dans une dynamique d’évolution d’autres échelons afin de sortir de cette trappe à bas salaire. L’État a aussi pleinement son rôle à jouer en tant qu’employeur. L’indice de traitement de base dans la fonction publique progresse depuis des années moins vite que l’inflation, il est même gelé pour 2012 et 2013. En montrant l’exemple, cela permettrait de déclencher une dynamique de négociation salariale dans le secteur privé. C’est un rapport de forces que nous devons engager dans l’entreprise et dans la société. Cela est aussi nécessaire pour développer les capacités productives, c’est-à-dire créer des emplois qualifiés et accroître l’investissement productif, pour augmenter l’offre des biens et services sans augmenter les importations.

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu dans l'Humanité du 26 mars 2012