Xavier Compain

Front de gauche de l’agriculture : Quatre ambitions.

Entretien avec Xavier Compain, responsable du secteur
Agriculture / Pêche, à la direction du PCF

PEUT-ON PARLER D’UNE DYNAMIQUE FRONT DEGAUCHE DANS LES CAMPAGNES ?

XAVIER COMPAIN : Initié par le PCF dès 2010, le Front de gauche de l’agriculture rassemble sur son appel (lancé à la Fête de l’Humanité 2011) un millier de signatures, des paysans certes, mais aussi des chercheurs, des syndicalistes, des militants engagés autour de la question citoyenne qui est celle de nourrir la planète. La dynamique à présent se traduit par un grand nombre de réunions publiques, d’assemblées citoyennes. Hier, l’enjeu agricole était plutôt une question de spécialistes, on peut parler aujourd’hui d’une vraie appropriation populaire. Il y a un socle commun (l’idée de nourrir l’humanité, les notions de rémunérations, le contrôle de la grande distribution, etc.) qui est partagé par nombre de militants, et cela nous permet bien plus facilement d’élever les exigences sur ce sujet. On peut considérer qu’il y a quasiment tous les jours une ou plusieurs initiatives sur ces questions. Il y a donc une dynamique et, ce qui est nouveau, c’est que l’enjeu de l’agriculture est vu d’abord sous l’angle « il faut nourrir les êtres humains », un enjeu sociétal, donc.

LE PROGRAMME DU FRONT DE GAUCHE (DE L’AGRICULTURE) SUSCITE DE L’ÉCHO ; TES COMMENTAIRES :

X. C. : Ce qui fait la force des propositions du Front de gauche, c’est l’audace de la construction politique que nous portons depuis quelque temps, à savoir l’idée de Front de gauche, de front de rassemblement, de front des luttes. Son programme est traversé, partagé, étayé par les formations politiques qui le composent, mais également par un grand nombre de formations syndicales, d’amis, d’associations du milieu agricole. Aujourd’hui, des gens que nous ne fréquentions pas ou qui regardaient ailleurs, tout un panel de cette gauche diverse allant jusqu’à l’altermondialisme, jusque là très éclatée, tout ce panel, donc, à présent regarde le Front de gauche et cause avec lui. Exemple : dans le cadre de cette campagne, j’ai été sollicité et j’ai participé à plus d’une vingtaine d’auditions, depuis les chambres d’agriculture en passant par la Confédération paysanne, le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne, les Jeunes agriculteurs, les apiculteurs, la CGT INRA, bref tout un ensemble d’organisations syndicales qui nous aident à coélaborer en permanence ce programme et qui nous disent, de la façon la plus transparente, rejoindre les priorités programmatiques du Front de gauche.

QUELLES SONT ELLES, CES PRIORITÉS ?

X. C. : Il y a quatre ambitions. La première vise à recréer de l’emploi dans l’agriculture, un objectif de 300 000 emplois, ce qui suppose de garantir une rémunération du travail paysan. En fait, on va au delà des paysans, il faut rémunérer tout le travail des gens de l’agriculture, je pense aux salariés de l’agro alimentaire, souvent les grands oubliés de l’affaire et qui sont tous au Smic (et aux horaires dérégulés). Deuxième grand engagement : c’est une exigence citoyenne, populaire que d’avoir une alimentation saine et accessible ; il y a ici un enjeu de santé publique. On a besoin d’une agriculture plus accessible (en termes de moyens) et plus saine (en termes de qualité). Il y a un socle minimal, ce qui veut dire une agriculture sans aliment médicamenteux (farines animales…) ; ce qui veut dire aussi : même avec très peu de revenu, je veux pouvoir manger correctement. Il faut à la fois encadrer les marges de la grande distribution et permettre un accès plus facile aux consommateurs.

LE TROISIÈME GRAND ENJEU ?

X. C. : Parce qu’on aura rémunéré correctement les paysans, parce qu’on aura un maillage sur tout le territoire, parce qu’on aura produit autrement et imposé un autre modèle, c’est dans ces conditions qu’on répondra aux grands enjeux écologiques. Ce troisième axe, qui pourrait s’appeler initier une transition écologique de l’agriculture, sera une résultante. Les trois fondamentaux du développement durable sont le social, l’économique, l’écologique, ça marche ensemble. Certains, on l’a bien vu sur le Salon, ne font que de l’économique (prix mondiaux) ou que de l’écologique. Au Front de gauche, on est une gauche de transformation sociale et écologiste qui n’a pas peur de se colleter ces dossiers de l’agriculture et de l’alimentation. Enfin, le quatrième engagement : il faut promouvoir un aménagement équilibré du territoire. Pour faire vraiment du développement rural, d’abord on répond à l’ambition alimentaire, d’abord on a des paysans. Le pilier de la ruralité, c’est l’agriculture. Une fois qu’on a ce socle d’exploitations réparties sur le territoire, il faut développer ou reconquérir les services publics et les politiques publiques sur le territoire ; il y a là la conjonction de deux ambitions, agriculture/alimentation et services publics/politique du territoire, qui donnent de la consistance à la ruralité.

 Propos recueillis par Gérard Streiff


 

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